Souvent je m’interroge (et on m’interroge) sur ce qui a suscité une œuvre, un passage, un trait génial dans tel ou tel livre. J’adore parcourir en annexe les petits cailloux blancs qu’ont bien voulu nous laisser les auteurs, Eric Emmanuel Schmitt dans La Part de l’autre, explique la façon dont il prenait jusqu’à la démarche d’Hitler à quel point il voulait achever le texte pour ne plus subir les assauts de son abominable personnage, Stephen King s’adresse toujours amicalement à ses lecteurs, comme s’il posait une main sur leur épaule. Cela a le mérite de rendre les choses tangibles, de sortir toute cette littérature de la gangue éthérée d’idéalisme dont on les nimbes souvent, du supposé « Génie » de l’artiste touché par les Muses.

Alors voilà cher lecteur, si tu as lu L’Entre-Temps ou si tu te demandes d’où il sort avant d’y jeter un œil curieux, en voici la genèse.

Un jour, j’ai rencontré l’amie d’une amie (d’une amie, d’une amie….) à qui elle avait raconté cette bien étrange histoire : alors qu’elle pratiquait le Reiki en vue d’obtenir un degré supérieur (cette discipline permet sans toucher les gens ou par simple apposition des mains, de les « libérer », de les « soulager » de leurs maux… l’explication reste toujours pour le moins fumeuse. On y croit on n’y croit pas… à la rigueur, le doute m’habite, mais les médecines alternatives m’intriguent depuis plusieurs années) le « maître » lui proposa de tenter une expérience de régression. (Oui, je sais, je sais, nous nous enfonçons dans le délire, au pire, me dis-je - cela ferait un point de départ intéressant pour une histoire fantastique !) qu’elle accepte sans trop y croire. Manque de bol… l’expérience incroyable fonctionna. (Esprits cartésiens s’abstenir, je n’en suis pas à me demander si nous racontons n’importe quoi, j’en suis à écouter attentivement un récit passionnant.) En un clin d’œil, elle était une autre, à une autre époque, dans un lieu inconnu, religieuse, chargée de la mission de rapporter les effets d’un soldat mort au combat, à sa famille.

Cette amie (qui aujourd’hui l’est véritablement devenue, 10 mois d’écriture à se croiser pour en apprendre plus, questionner les détails, effectuer les recherches, cela crée des liens !) racontait son aventure en Bretagne avec les larmes aux yeux, son abandon, son enfance chez les nonnes, sa faute avec un homme et son renvoi consécutif du couvent où elle avait grandi, ainsi que son retour aux sources. L’histoire invraisemblable avait à la fois tous les traits d’une aventure trop complexe et précise pour avoir été inventée. Elle acheva son exposé en concluant : « J’ai toujours rêvé d’écrire cette histoire si belle, un jour… mais je n’en ai pas le talent ». Qu’à cela ne tienne, je suis en plein milieu d’un livre qui n’a rien à voir, mais j’abandonne pour me consacrer à ce récit. L’histoire est touchante, à l’écouter on pleurerait presque, l’idée de la régression liée à celle de la réincarnation est intrigante et offre de multiples possibilités.

Et je me lance. Le récit initial était relativement précis, la Bretagne était le cadre indubitable, quelques recherches sur l’histoire de la tour d’abandon me permirent de placer une date sur l’événement inaugural. La relecture assidue des classiques du 18e permit de trouver le « ton » et de m’approprier un « style » spécifique pour dresser le tableau de la vie au couvent, et de l’ambiance maritime. Un peu d’imagination me permit de combler les lacunes des souvenirs dont je disposais pour faire du récit un objet en soi, achevé, avec un début et une fin.

Néanmoins, je n’avais qu’une histoire, (qui certes aurait suffi à faire un livre à elle seule), mais mon intérêt était d’explorer les possibilités du voyage dans le temps. De quels clichés disposons-nous concernant ce type d’expérience ? Généralement tout le monde se réincarne en Egypte. Mon amie ne faisait pas exception à la règle. Mon second point d’ancrage était tout trouvé, avec les pelletées de livres d’histoire concernant cette période. Enfin, le dernier volet de l’histoire se déroule en Angleterre Victorienne. Elle n’avait de cela que le souvenir d’être une prostituée et de se faire étrangler. Jack l’Eventreur, tout le monde adore, non ? Le cadre du dernier récit était tout trouvé, avec cette coïncidence de mettre en regard la vie d’un seul et même personnage capable de débuter dans un couvent et de poursuivre dans un bordel. Parabole intéressante !

J’avais le cadre de chaque aventure, un style bien précis (relire Dickens pour crayonner Londres) pour chaque volet, et une infinité de possibilités concernant la réapparition des personnages, les croisements et amélioration de leurs différents avatars.

Quel personnage est quel personnage ? Les personnages sont-ils toujours « uns » ou pouvons-nous retrouver à travers différentes époques des traces éparses des uns et des autres dans les uns et les autres ? Tant de questions que posait (et pose encore) le projet. La conception de la réincarnation varie énormément d’une civilisation à l’autre s’il est plus ou moins admis dans 100% des religions qu’elle est effective. (Exemple Jésus mon ami est revenu sous une forme différente, Bouddha a 156 avatars, en Inde, on va jusqu’à prévoir, où, quand et sous quelle forme une réincarnation aura lieu…etc.)

L’idée du livre était née.

Si vous souhaitez en savoir plus… je vous laisse plonger dans l’aventure avec autant de bonheur que possible !  

Charlotte Charpot