Toute la journée,

j'entends parler de l'Ego des auteurs.

Les éditeurs en parlent,

Les libraires en parlent,

Les blogueurs en parlent,

Les AUTRES auteurs en parlent,

Tous ceux qui les côtoient, en général, en parlent.

 

C'est énorme un égo,

C'est énervant, poussiéreux, ça prend de l'espace, de l'oxygène, c'est casse pieds, ridicule, envahissant, égoïste, monopolisant, ça bouffe de l'énergie, ça agace,

 

en bref, c'est sale.

Vil.

Déplaisant.

Pour les bonnes gens.

Qui n'en ont pas.

 

Et d'ailleurs un auteur qui a un égo, c'est certainement un frustré, mauvais coucheur, qui n'y arrive pas, qui ne va nulle part, dont l'oeuvre devient suspecte, puante, qu'on n'a plus trop envie d'approcher, un orignal en somme.

 

Non. L'artiste, le vrai, le beau le grand, il doit être... humble. C'est à cela qu'on les reconnaît.

 

Mais résumons un peu. Parallèlement, nous sommes tous bien d'accord : l'artiste est tout seul, il travaille d'arrache pied, le génie comme le nègre. Le mauvais livre demande autant de travail que le bon, parfois bien plus, on n'y peut rien. L'artiste n'a pas un radis, il lui faut attendre trois ans au bas mot pour toucher un euro, quand il en touche un parce qu'un éditeur véreux ne l'a pas entourloupé, qu'un pirate n'a pas tout diffusé à l'oeil, que les lecteurs n'ont pas boudé son livre, qu'il est parvenu à l'écrire, envers et contre les factures, le fisc, les petits boulots alimentaires, les obligations en tous genres, la pression familiale, l'incrédulité de l'humanité, les contraintes horaires, les accidents de la vie, et tous les petits tracas quotidien qui l'éloignent irréversiblement et systématiquement des rares instants qui l'éveilleront à lui même et lui permettront enfin, de se remettre au grand (ou au petit) oeuvre.

 

Vient le temps où il a fini. Corrigé la dernière coquille, apposé la dernière ligne, le dernier mot, le dernier point, et ou enfin...

 

Il va y avoir divulgation. Et des échecs. Plein d'échecs. Un budget colossal d'impression, de reliure, de timbres poste, de sueurs froides, d'émotions fortes, d'humiliations modiques, d'attentes interminables, de fibrillations, de crépitations pulmonaires, de nuits blanches, de solitude, encore, et de lieux communs amicaux « ha tu sais... être publié, aucune chance de nos jours. Et même si tu y arrives, à quoi bon? On peut passer à autre chose maintenant? Reprendre le train-train ronronnant des êtres qui aiment la météo, les plats tout prêts, l'imposition en frais réels ? »

 

Je voudrais donc rappeler qu'envers et contre tout ce qu'il n'a pas, la seule chose que l'artiste a en propre, c'est son égo. Ce qui lui permet de persévérer, de ne pas s'effondrer ou de se relever s'il tombe, de cultiver son jardin secret, d'être l'original qui réveillera vos nuits, vous fera rêver, déplacera le monde à votre place, vous fera vibrer, pleurer, penser et rire.

 

Son égo qui lui permettra de survivre au fait d'être un original, un incompris, la carapace douce qui évitera à sa sensibilité d'être transpercée, écrasée, éclatée, torturée à chaque fois qu'il devra faire face au monde, affirmer qu'il a choisi un chemin différent et qu'il l'assume.

 

Finalement s'il arrive à la gloire modique d'être reconnu, et peut-être, enfin, Saint Graal, de vivre de sa plume, comme un Levy, un Musso, ou un Schmitt,

 

Alors, il fera pousser une humilité de bon aloi et prétendra au repos.

 

Mais pour tous ceux qui n'y sont pas et dévorent du chiendent,

 

à ceux qui leur diront :

Vas te payer une humilité, va-nu-pied!

 Hé bien je répondrai : ils n'ont pas les moyens.

 

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