Ce billet est issu d’une grande conversation à partir de phrases ne dépassant pas 140 caractères sur Twitter, après avoir lu cet article :

http://www.enviedecrire.com/payer-des-faux-commentaires-sur-le-web-pour-mieux-vendre-son-livre/

 

Et là, Tatie Charlotte se sent obligée d’intervenir pour enfoncer l’aiguille d’une grosse seringue dans le joli petit derrière tout rose des idées reçues.

En y réfléchissant à deux fois, je crois que les commentaires satisfaits du type :

« Honteux ! On se doute bien que les critiques dithyrambiques proviennent souvent de l’auteur lui-même, de son compagnon ou sa compagne, des parents, des amis, etc., mais que ce soit devenu une industrie, je ne m’en doutais pas ! » Lourinki

proviennent des mêmes gens qui n’oseraient JAMAIS prendre la plume pour essayer d’en vivre parce que « C’est un métier de saltimbanque ! » « Hahaha ! Vivre en écrivant ? Il faut être timbré! » « Non, moi, j’ai mon petit confort, vous savez, renoncer à mes 1500€ fixes par mois pour plonger dans le chaos, jamais ! »

Et qui simultanément alimentent les mythes suivants :

« Un écrivain est un puriste. Il vit d’écriture et d’écume des jours, c’est un hypersensible amoureux éconduit, il a une longue barbe sombre, il ne voit pas le monde comme nous, n’a pas les mêmes besoins, c’est un idéaliste, ou un drogué, probablement les deux Simone, probablement les deux. Lire leurs livres quel plaisir, mais admettons qu’ils sont infréquentables. Un deuxième sucre dans votre infusion? »  

On entend dire aussi qu’un auteur DOIT refuser de se prostituer en écrivant des choses alimentaires, qu’il DOIT rester un puriste, accoucher dans la douleur d’œuvres littéraires parfaites du premier coup, quitte à ne pas en vendre une seule peu importe. Question d’intégrité. (puis-je mandater quelqu’un pour aller brûler la collection intégrale des Editions X.O ? N’oubliez pas de lapider tous les auteurs de chez Harlequin.)  

OK. Mais…

Qui trouve quelque chose à redire aux acteurs qui s’auto congratulent en parlant de leur dernier film qui est un chef d’œuvre : allez le voir, c’est le rôle de ma vie ! Exemple :

 « Les Visiteurs 2, c’est un film très, riche, au niveau de l’écriture » Jean Reno.

http://www.youtube.com/watch?v=z9h1XUZCO1w

Mais qui par honnêteté admettent trois ans plus tard : « Dans Les Visiteurs 2, j'ai été à chier ! » Muriel Robin (Excuse-moi, Muriel, on se fait un brunch ! Bisous !)

En musique, qui n’est pas très content de voir les artistes s’étaler en récits sur « Cet album, mon producteur m’a forcé j’y tiens beaucoup, jamais rien joué de pire, il est vraiment spécial, c’est un genre de renouveau de l’art, (On a remixé 4 titres, on en a traduit 2 en espagnol, on fait 3 reprises en duo, et il y a un titre inédit qu’on a refusé la dernière fois, parce que c’est Noël), je le porte en moi depuis plus de 15 ans (qu’est-ce qu’on peut balancer comme conneries quand même !).

En fait, l’attitude scandalisée que prennent les gens biens en parlant des auteurs leur est purement et simplement réservée. C’est déjà tellement rigolo de ne pas finir le mois, si en plus ces cons là se mettent à essayer de vendre leurs sales petits bouquins qui sentent (ils ne peuvent pas être bons, on n’en a pas entendu parler), où va le monde, ma pauvre Simone ?

Dans le même temps, quand on oppose aux libraires « ― Dites les mecs, vous jouez les offusqués, mais en fait, vous vendez principalement des livres dont vous pensez pis que pendre. ― Ha ! Oui ! Mais nous c’est différent, on doit vendre pour ne pas fermer boutique ! Et vendre du grand public nous permet de sauver (valeureusement, le glaive au poing dans notre armure étincelante avec un heaume de Gueules et d’Azur empanaché) les livres qui en valent la peine. »

Bien. Je vous propose de faire un peu d’histoire et de jeter un œil sur les moyens qu’ont eu et qu’ont aujourd’hui les auteurs pour se faire connaitre.

Il était une fois, il y avait des Rois. Et il y avait tout un tas d’auteurs attachés à leur service… tenez ! Ronsard ! Joachim Du Bellay et tous leurs copains! Ils ont écrit des trucs genre Défense et illustration de la langue française. Mais n’en parlons plus. D’abord, ils ont eu une vie fastoche, ils sont tous nés dans des châteaux et par-dessus le marché, ils vendaient leur talent à des types comme le pape, la cour, les riches… Je trouve ça un peu malhonnête.

Plus tard je me souviens d’auteurs comme Diderot, D’Alembert, Voltaire. Mais bof. D’abord ils s’autopubliaient. C’est un peu nul. On fait ça seulement quand on n’a aucun talent. L’Encyclopédie, c’est très surfait. Qui lit encore ce truc ? Je pense qu’ils n’ont pas respecté le principe d’intégrité.

Ensuite, on a inventé la presse de masse, et il a fallu écrire dans des revues bon marché en se conformant aux goûts du public, de l’aventure, des trucs historiques. Bon, il y a un type, Balzac, c’est à se demander comment on l’a laissé poursuivre dans cette voie. Un ami aurait dû lui dire de s’arrêter tout de suite, il a quand même écrit du caca pendant dix bonnes années en croulant sous les dettes, on n’a pas idée de laisser un tas de déchets pareil dans l’histoire de la littérature.

Nous arrivons sur les rives de l’époque moderne. Là, les auteurs tombent en dessous de tout. Non seulement ils s’autopublient, mais en plus  ils vendent leurs propres livres dans des brouettes à la criée comme Apollinaire et tous ses copains DADAS. Aujourd’hui ces petits magazines à tirage limité ont tous été rachetés à coups de millions par nos amis américains, parce qu’en Europe on est vraiment trop pauvres pour conserver notre propre patrimoine.

 

Vous voyez où je veux en venir ? Tous les processus de vente et d’auto promotion ont toujours été utilisés. Ils sont adaptés au siècle et aux technologies disponibles à ce moment-là. Pour devenir auteur et le rester il faut du temps pendant lequel on doit se nourrir, se chauffer, s’habiller, maturer son travail. Pour gagner ce temps tous les moyens sont bons. Et je dis bien tous.

Dernière petite remarque : pour se payer le luxe de ne pas parler soi-même de ses livres, il faut que d’autres le fassent. Puis-je vous rappeler que les médias ne parlent pas du numérique ? Que les bloggeurs / libraires s’ils tentent le coup du bout des yeux ne le font pas encore ? C’est moins noble, Simone, moins noble que de chroniquer du papier ! Et nous sommes des gens nobles, n’est-ce pas ?

Qu’avons-nous comme arme dans la guerre du référencement ? La réponse est : rien, hormis une immense bonne volonté avec nos éditeurs. Nous ne mangeons pas depuis trois ans en bossant comme des dingues pour faire piger au monde que le principal n’est pas le support mais le contenu. Et puis quand nous aurons bien trimé, bien ouvert le marché, les grosses maisons vont s’incruster en dix minutes à coup de bestsellers validés papier.

Laissez-moi vous dire, tout à fait entre nous, depuis ma soucoupe volante d’artiste droguée bien au-delà de toute cette trivialité, que je trouve l’avenir que vous me réservez bien triste.

P-S : je n’ai jamais auto critiqué en ligne un de mes textes. J’attends patiemment l’avis de mes amis internautes. Mais quand maman m’a proposé d’écrire trois lignes sur mon premier roman qu’elle n’a pas aimé du tout, j’ai dit oui. Jetez-moi des pelures au visage, je suis prête !