Petit billet d'humeur sur l'Ego des auteurs.
Toute la journée,
j'entends parler de l'Ego des auteurs.
Les éditeurs en parlent,
Les libraires en parlent,
Les blogueurs en parlent,
Les AUTRES auteurs en parlent,
Tous ceux qui les côtoient, en général, en parlent.
C'est énorme un égo,
C'est énervant, poussiéreux, ça prend de l'espace, de l'oxygène, c'est casse pieds, ridicule, envahissant, égoïste, monopolisant, ça bouffe de l'énergie, ça agace,
en bref, c'est sale.
Vil.
Déplaisant.
Pour les bonnes gens.
Qui n'en ont pas.
Et d'ailleurs un auteur qui a un égo, c'est certainement un frustré, mauvais coucheur, qui n'y arrive pas, qui ne va nulle part, dont l'oeuvre devient suspecte, puante, qu'on n'a plus trop envie d'approcher, un orignal en somme.
Non. L'artiste, le vrai, le beau le grand, il doit être... humble. C'est à cela qu'on les reconnaît.
Mais résumons un peu. Parallèlement, nous sommes tous bien d'accord : l'artiste est tout seul, il travaille d'arrache pied, le génie comme le nègre. Le mauvais livre demande autant de travail que le bon, parfois bien plus, on n'y peut rien. L'artiste n'a pas un radis, il lui faut attendre trois ans au bas mot pour toucher un euro, quand il en touche un parce qu'un éditeur véreux ne l'a pas entourloupé, qu'un pirate n'a pas tout diffusé à l'oeil, que les lecteurs n'ont pas boudé son livre, qu'il est parvenu à l'écrire, envers et contre les factures, le fisc, les petits boulots alimentaires, les obligations en tous genres, la pression familiale, l'incrédulité de l'humanité, les contraintes horaires, les accidents de la vie, et tous les petits tracas quotidien qui l'éloignent irréversiblement et systématiquement des rares instants qui l'éveilleront à lui même et lui permettront enfin, de se remettre au grand (ou au petit) oeuvre.
Vient le temps où il a fini. Corrigé la dernière coquille, apposé la dernière ligne, le dernier mot, le dernier point, et ou enfin...
Il va y avoir divulgation. Et des échecs. Plein d'échecs. Un budget colossal d'impression, de reliure, de timbres poste, de sueurs froides, d'émotions fortes, d'humiliations modiques, d'attentes interminables, de fibrillations, de crépitations pulmonaires, de nuits blanches, de solitude, encore, et de lieux communs amicaux « ha tu sais... être publié, aucune chance de nos jours. Et même si tu y arrives, à quoi bon? On peut passer à autre chose maintenant? Reprendre le train-train ronronnant des êtres qui aiment la météo, les plats tout prêts, l'imposition en frais réels ? »
Je voudrais donc rappeler qu'envers et contre tout ce qu'il n'a pas, la seule chose que l'artiste a en propre, c'est son égo. Ce qui lui permet de persévérer, de ne pas s'effondrer ou de se relever s'il tombe, de cultiver son jardin secret, d'être l'original qui réveillera vos nuits, vous fera rêver, déplacera le monde à votre place, vous fera vibrer, pleurer, penser et rire.
Son égo qui lui permettra de survivre au fait d'être un original, un incompris, la carapace douce qui évitera à sa sensibilité d'être transpercée, écrasée, éclatée, torturée à chaque fois qu'il devra faire face au monde, affirmer qu'il a choisi un chemin différent et qu'il l'assume.
Finalement s'il arrive à la gloire modique d'être reconnu, et peut-être, enfin, Saint Graal, de vivre de sa plume, comme un Levy, un Musso, ou un Schmitt,
Alors, il fera pousser une humilité de bon aloi et prétendra au repos.
Mais pour tous ceux qui n'y sont pas et dévorent du chiendent,
à ceux qui leur diront :
Vas te payer une humilité, va-nu-pied!
Hé bien je répondrai : ils n'ont pas les moyens.
.
Une jolie critique de l'Entre Temps...
http://vudemeslunettes.wordpress.com/2013/04/11/sait-on-vraiment-qui-lon-est-lentretemps/
Mon Prochain Gros Truc (d'après une initiative de Nicolas B. Wulf)
Mon prochain gros truc est l’adaptation française de the next big thing, une chaîne où les auteurs exposent leur prochain projet avant de désigner d’autres auteurs qui font de même ensuite sur leurs blogs respectifs. Fabien Lyraud a décidé de traduire les questions et de l’importer en France (et c’est la présentation qu’il en fait que je recopie dans ce paragraphe). D’autant plus que contrairement au marché anglo saxon qui est saturé et où les éditeurs ont le soutien des agents pour trouver les bons auteurs, en France un auteur qui présente son projet actuel peut titiller les éditeurs. Que vous soyez nouvelliste, romanciers ou anthologiste c’est un assez bon moyen de promo.
C’est Nicolas B. Wulf qui m’a tagguée. Il parle de son prochain gros truc ici : (http://nbwulf.wordpress.com/2013/01/27/mon-prochain-gros-truc-projet-ldvelh-jour-2/), et je vais me plier à l’exercice avec un grand plaisir !
Pour poursuivre la chaîne, je désigne, s’ils le veulent bien :
Eric Lequien Esposti
http://eric-lequien-esposti.com/
Antoine Sénanque
Océanerosemarie
http://www.lalesbienneinvisible.com
Marcel Sel
Delphine de Malherbe
http://www.delphinedemalherbe.net
Isabelle Aeschlimann
http://www.isabelleaeschlimann.ch/livre.html
Frédérique Deghelt
http://www.frederiquedeghelt.com
- 1. Quel est le titre de votre prochain texte ?
Le titre a priori sera « Incarnation », mais je suis généralement nulle en titre. Les éditeurs sont bien plus forts pour ça, donc s’il faut le pendre haut et court pour faire un truc du style « La fille qui avait plusieurs vies et qui meurt (peut-être) à la fin » Je m’adapterai.
- 2. D’où vous vient l’idée principale ?
Depuis que je suis toute gosse, et un peu comme tout le monde, j’imagine, je me pose la question « et si j’étais lui ? / elle ? ». J’invente qu’au lieu d’être assise dans le bus, je suis la personne qui lit le journal sur le banc de l’autre côté de la rue, ou celle qui traverse le passage piéton … Imaginons une seconde que réellement, j’aie traversé la vitre embuée pour expérimenter cette silhouette voûtée qui boitille sous la pluie ?
- 3. A quel genre appartient-il ?
A priori au genre Fantastique. Mais un fantastique réaliste, ancré dans quelque chose de quotidien, qui bascule pour le personnage principal et lui seul, lentement, dangereusement.
- 4. Si votre texte était adapté au cinéma, quels acteurs verriez-vous dans les rôles principaux ?
Dur ! Dur ! Sur mon précédent livre (à paraître, titre à réinventer, initialement baptisé Autobiodégradable) c’était l’évidence. A la réalisation, Edgard Wright, et des acteurs dans la mouvance de Simon Pegg et Nick Frost. Mais pour Incarnation… c’est un livre-pas-drôle de facture classique. Il faudrait donc une actrice sérieuse un peu inquiétante qui ait entre 20 et 25 ans ! (large palette de possibilités) et un réalisateur qui sache rythmer le côté « noir » à l’américaine. Pascal Laugier ? (Mais M. Laugier est un dieu du montage à suspens, je crains de ne pas avoir encore un tel niveau de maîtrise dans la composition !)
- 5. Quel est le synopsis du texte en une phrase ?
Juliette est une enfant victime des railleries et de l’isolement, jusqu’au jour où, acculée, elle découvre qu’elle est capable de prendre possession du corps des autres. (GODFERDÖM ! UNE PHRASE C’EST COURT !)
- 6. Allez-vous être publié par un éditeur ou en auto édition ?
L’auteur rêve toujours de trouver un éditeur évidemment ! Personnellement, mon éditeur de cœur est Numeriklivres. Je suis coatchée par l’équipe de choc : Anita Berchenko et mon mentor, le Demi-Dieu Jean François Gayrard. ;) Jusqu’à aujourd’hui, ils ont accepté tous mes textes. Celui-ci est plus particulier, je fais l’essai d’une autre écriture (encore) je fais le pari de lâcher la technique, en découvrant au fil de mon travail où cela me mène. Je leur fais entièrement confiance, ils seront les juges, au final. S’ils déclinent la publication, je n’envisage pas de partir sur de l’auto édition. C’est un travail différent pour lequel je n’ai aucune motivation. En plus, si l’éditeur conclut que c’est mauvais, je ne verrai à priori pas le sens d’insister en remuant les bras dans tous les sens. J’écrirai plutôt le prochain bon texte en tirant les leçons!
- 7. Combien de temps avez-vous mis pour produire votre premier jet ?
Il est très loin d’être achevé ! Suivant la méthode choisie, je suis très rapide à écrire. En fait… je suis toujours très rapide pour écrire. En théorie si j’avais la possibilité d’être écrivain à temps plein, en l’espace de deux ou trois mois, j’aurais le livre achevé. Pour l'instant je suis en incapacité totale, et incapable d'écrire. Mais le premier jet n’est pas la principale partie du travail. La relecture, la correction, le déplacement des blocs, le polissage de la structure l’élimination du mauvais me prend deux fois plus de temps.
- 8. A quel autre livre pouvez-vous le comparer ?
Comparer, c’est mauvais ! Je cherche quelque chose que l’on ne compare pas ! Pourtant, sur celui-ci je cherche le rythme et la fluidité qu’on peut trouver chez des auteurs américains comme S. King. J’ai été pliée à la « littérature Française universitaire » qui est à l’opposé. Gagner ce naturel pour délaisser les phrases complexes et le vocabulaire soutenu est un petit défi personnel.
J’avais pensé à Carrie de King au départ, mais je l’ai lu. Finalement, le mien n’a pas grand-chose à voir..
- 9. Qui ou quoi a inspiré l’écriture de votre livre ?
Je reviens sans arrêt sur cette idée depuis toute petite. J’ai lu Henri Michaux, l’un de mes dieux poétiques, quand j’avais 19 ans, et le premier paragraphe est né :
« Qui es-tu ?
Parfois, quand je regarde une orange, subitement, je suis cette orange.
Je me transforme en quartiers, en pulpe, en chair grumeleuse, et lorsque qu’on arrache la peau avec les dents, c’est moi qui suis à vif, qui expose mes entrailles juteuses dans un craquement sanglant.
Depuis toute petite, si je le désire, je me pose sur l’assiette en faïence impassible, prête à être écorchée vive. »
(Evidemment, comme je ne suis pas Marc Levy, je vais éviter les incarnations à base de bisounours et d’arcs-en-ciel)
- 10. Que pourriez-vous dire pour piquer l’intérêt de votre public ?
Qu’arriverait-il si vous pouviez toucher du doigt la réalité de l’autre ? Expérimenter l’autre corps, l’autre esprit ? Pensez-vous que vous trouveriez le bonheur ? Où iriez-vous le chercher ? Pourriez-vous revenir en arrière ? Qu’adviendrait-il de votre corps, de votre esprit ?
VOUS CONFONDEZ ÊTRE CONTRE LE MARIAGE POUR TOUS ET HOMOPHOBIE ! (ou pas)
Tel est le tweet impénétrable reçu hier soir, de la part du mystérieux
@CCharpot vous confondez être contre le mariage pour tous et homophobie. »
Je ne me suis pas encore fendue d’un article sur le sujet, préférant lire avec délectation ceux des esprits affutés et philosophes qui le font mieux que moi :
M. Desmet :
http://francoisdesmet.wordpress.com/2013/01/15/la-nature-nest-du-cote-de-personne/
Mme Badinter :
http://www.youtube.com/watch?v=1zSqqrSofWA
Notre blogueur de charme, M. Sel
http://blog.marcelsel.com/archive/2013/01/13/moi-le-depute-et-les-pedes.html
Ajoutons pour qu’il ne semble pas y avoir une majorité de Belges, Virginie Despentes :
http://www.tetu.com/actualites/france/virginie-despentes-repond-a-lionel-jospin-et-aux-anti-mariage-pour-tous-22503
Mais au milieu de cette féérie permanente de cotillons argumentatifs joyeux, si on me questionne directement sur Twitter, comment résister ?
De surcroît, cette remarque : « Je ne suis pas homophobe ! » Est une des plus entendues depuis le début du débat. Un genre de bouclier magique. Pas de méprise ! Je suis quelqu’un d’ouvert d’esprit quand même ! Exemple :
http://manifpashomophobemais.tumblr.com/
Je pense même que la sortir et la ressortir jusqu’à la corde à tout bout de champ doit-être l’un des mots d’ordre des organisateurs, sinon je ne me l’explique pas. La position des « anti » pour être légitimée doit être nimbée de respectabilité intellectuelle. Il devrait sans doute sembler très rassurant aux homosexuels d’être privés de droits par des gens qui les aiment beaucoup.
Je me questionne néanmoins. Aujourd’hui, pourrait-on se balader tranquillement et crier à tue-tête « Je suis contre le mariage pour les Juifs ! Mais je ne suis pas antisémite, vous savez ! », ou « Je suis contre la reproduction entre les noirs ! Mais je ne suis pas raciste, vous savez ! ». Je ne parviens pas comprendre comment les « anti » concilient dans leur esprit le fait de dire à un autre être humain qu’il lui dénie une série de droits et celui de lui taper sur l’épaule amicalement. Le délicieux argument « je ne suis pas homophobe, j’ai un ami pédé » me délecte lui aussi. Transposition : « - Les étrangers, ils devraient rentrer chez eux. - Tu es raciste, et pourtant, on adore Mouloud. - Ha ! Non ! Mais Mouloud, c’est pas pareil, lui on le connaît ! ». On peut donc être ravi de n’être pas homophobe, d’avoir un frère, une sœur, un enfant homosexuel, et manifester dans le même temps contre l’égalité de leurs droits.
J’en déduis que les personnes qui ne sont pas homophobes n’ont pas peur de ce qu’ils connaissent, mais d’une masse sombre, protéiforme, décadente, qui pourrait bien faire certaines choses innommables habillée en résilles, latex et string léopard, mais que grands dieux ! Notre ami pédé lui ne ferait pas, on le connaît. D’ailleurs on lui confie nos enfants.
Cette masse floue et dangereuse n’écrirait pas sur les pancartes des messages à base du mot « égalité » :
http://www.affichespourtous.fr/
Mais des slogans inconscients qui justifieraient toutes les craintes des antis mariage pour tous : « Nous voulons des gamètes ! » « Droit aux ovaires pour tous ! » « Nous voulons dépeupler la planète ! » (Il est intéressant cet argument. On leur refuse de la peupler, puis on les accuse de vouloir la dépeupler) « Mort aux enfants ! » « Nous voulons faire disparaitre la race humaine ! » « Nous voulons détruire le mariage ! »
Jusqu’à preuve du contraire… je n’en ai jamais vu de tels.
J’admire aussi la toute-puissance conférée aux homosexuels régulièrement. Outre le pouvoir de déclencher à intervalles réguliers tsunamis et tremblements de terre variés, ils ont celui de tenir entre leurs mains l’avenir de la nation, de l’espèce, de l’humanité entière.
A se demander pourquoi ces idiots là en sont encore à ne rien faire de plus que de manifester dans la rue avec des pancartes en carton. Je pense qu’ils devraient mettre leur plan en action le plus rapidement possible pour démontrer qu’au vu de leurs pouvoirs cosmiques phénoménaux, une petite manif de rien du tout à base de t-shirts rose bonbon, vraiment, ça ne leur fait pas peur.
C’est la raison pour laquelle je tiens à rassurer ici et maintenant M. Boudou @mousquetaire2 ainsi que tous les partisans non homophobes du non mariage pour tous.
Vous confondez être pour le mariage pour tous, vouloir des enfants, souhaiter l’égalité des droits, et être homosexuel. Je pense même qu’il n’y aura pas un seul homosexuel dans le prochain cortège. Non. En tout cas pas de ceux dont vous avez peur. Eux seront trop occupés à tenter d’inverser le sens de rotation de la planète pour propulser tout le monde sur mars en partant d’un grand rire machiavélique devant leur écran de télévision : MOUAHAHAHAHAHA.
L’histoire de L’Entre-Temps, la genèse du livre.
Souvent je m’interroge (et on m’interroge) sur ce qui a suscité une œuvre, un passage, un trait génial dans tel ou tel livre. J’adore parcourir en annexe les petits cailloux blancs qu’ont bien voulu nous laisser les auteurs, Eric Emmanuel Schmitt dans La Part de l’autre, explique la façon dont il prenait jusqu’à la démarche d’Hitler à quel point il voulait achever le texte pour ne plus subir les assauts de son abominable personnage, Stephen King s’adresse toujours amicalement à ses lecteurs, comme s’il posait une main sur leur épaule. Cela a le mérite de rendre les choses tangibles, de sortir toute cette littérature de la gangue éthérée d’idéalisme dont on les nimbes souvent, du supposé « Génie » de l’artiste touché par les Muses.
Alors voilà cher lecteur, si tu as lu L’Entre-Temps ou si tu te demandes d’où il sort avant d’y jeter un œil curieux, en voici la genèse.
Un jour, j’ai rencontré l’amie d’une amie (d’une amie, d’une amie….) à qui elle avait raconté cette bien étrange histoire : alors qu’elle pratiquait le Reiki en vue d’obtenir un degré supérieur (cette discipline permet sans toucher les gens ou par simple apposition des mains, de les « libérer », de les « soulager » de leurs maux… l’explication reste toujours pour le moins fumeuse. On y croit on n’y croit pas… à la rigueur, le doute m’habite, mais les médecines alternatives m’intriguent depuis plusieurs années) le « maître » lui proposa de tenter une expérience de régression. (Oui, je sais, je sais, nous nous enfonçons dans le délire, au pire, me dis-je - cela ferait un point de départ intéressant pour une histoire fantastique !) qu’elle accepte sans trop y croire. Manque de bol… l’expérience incroyable fonctionna. (Esprits cartésiens s’abstenir, je n’en suis pas à me demander si nous racontons n’importe quoi, j’en suis à écouter attentivement un récit passionnant.) En un clin d’œil, elle était une autre, à une autre époque, dans un lieu inconnu, religieuse, chargée de la mission de rapporter les effets d’un soldat mort au combat, à sa famille.
Cette amie (qui aujourd’hui l’est véritablement devenue, 10 mois d’écriture à se croiser pour en apprendre plus, questionner les détails, effectuer les recherches, cela crée des liens !) racontait son aventure en Bretagne avec les larmes aux yeux, son abandon, son enfance chez les nonnes, sa faute avec un homme et son renvoi consécutif du couvent où elle avait grandi, ainsi que son retour aux sources. L’histoire invraisemblable avait à la fois tous les traits d’une aventure trop complexe et précise pour avoir été inventée. Elle acheva son exposé en concluant : « J’ai toujours rêvé d’écrire cette histoire si belle, un jour… mais je n’en ai pas le talent ». Qu’à cela ne tienne, je suis en plein milieu d’un livre qui n’a rien à voir, mais j’abandonne pour me consacrer à ce récit. L’histoire est touchante, à l’écouter on pleurerait presque, l’idée de la régression liée à celle de la réincarnation est intrigante et offre de multiples possibilités.
Et je me lance. Le récit initial était relativement précis, la Bretagne était le cadre indubitable, quelques recherches sur l’histoire de la tour d’abandon me permirent de placer une date sur l’événement inaugural. La relecture assidue des classiques du 18e permit de trouver le « ton » et de m’approprier un « style » spécifique pour dresser le tableau de la vie au couvent, et de l’ambiance maritime. Un peu d’imagination me permit de combler les lacunes des souvenirs dont je disposais pour faire du récit un objet en soi, achevé, avec un début et une fin.
Néanmoins, je n’avais qu’une histoire, (qui certes aurait suffi à faire un livre à elle seule), mais mon intérêt était d’explorer les possibilités du voyage dans le temps. De quels clichés disposons-nous concernant ce type d’expérience ? Généralement tout le monde se réincarne en Egypte. Mon amie ne faisait pas exception à la règle. Mon second point d’ancrage était tout trouvé, avec les pelletées de livres d’histoire concernant cette période. Enfin, le dernier volet de l’histoire se déroule en Angleterre Victorienne. Elle n’avait de cela que le souvenir d’être une prostituée et de se faire étrangler. Jack l’Eventreur, tout le monde adore, non ? Le cadre du dernier récit était tout trouvé, avec cette coïncidence de mettre en regard la vie d’un seul et même personnage capable de débuter dans un couvent et de poursuivre dans un bordel. Parabole intéressante !
J’avais le cadre de chaque aventure, un style bien précis (relire Dickens pour crayonner Londres) pour chaque volet, et une infinité de possibilités concernant la réapparition des personnages, les croisements et amélioration de leurs différents avatars.
Quel personnage est quel personnage ? Les personnages sont-ils toujours « uns » ou pouvons-nous retrouver à travers différentes époques des traces éparses des uns et des autres dans les uns et les autres ? Tant de questions que posait (et pose encore) le projet. La conception de la réincarnation varie énormément d’une civilisation à l’autre s’il est plus ou moins admis dans 100% des religions qu’elle est effective. (Exemple Jésus mon ami est revenu sous une forme différente, Bouddha a 156 avatars, en Inde, on va jusqu’à prévoir, où, quand et sous quelle forme une réincarnation aura lieu…etc.)
L’idée du livre était née.
Si vous souhaitez en savoir plus… je vous laisse plonger dans l’aventure avec autant de bonheur que possible !
Charlotte Charpot
CIEL ! L’Ecrivain (essaie de vendre ses livres) est un Sale Tricheur Malhonnête !
Ce billet est issu d’une grande conversation à partir de phrases ne dépassant pas 140 caractères sur Twitter, après avoir lu cet article :
http://www.enviedecrire.com/payer-des-faux-commentaires-sur-le-web-pour-mieux-vendre-son-livre/
Et là, Tatie Charlotte se sent obligée d’intervenir pour enfoncer l’aiguille d’une grosse seringue dans le joli petit derrière tout rose des idées reçues.
En y réfléchissant à deux fois, je crois que les commentaires satisfaits du type :
« Honteux ! On se doute bien que les critiques dithyrambiques proviennent souvent de l’auteur lui-même, de son compagnon ou sa compagne, des parents, des amis, etc., mais que ce soit devenu une industrie, je ne m’en doutais pas ! » Lourinki
proviennent des mêmes gens qui n’oseraient JAMAIS prendre la plume pour essayer d’en vivre parce que « C’est un métier de saltimbanque ! » « Hahaha ! Vivre en écrivant ? Il faut être timbré! » « Non, moi, j’ai mon petit confort, vous savez, renoncer à mes 1500€ fixes par mois pour plonger dans le chaos, jamais ! »
Et qui simultanément alimentent les mythes suivants :
« Un écrivain est un puriste. Il vit d’écriture et d’écume des jours, c’est un hypersensible amoureux éconduit, il a une longue barbe sombre, il ne voit pas le monde comme nous, n’a pas les mêmes besoins, c’est un idéaliste, ou un drogué, probablement les deux Simone, probablement les deux. Lire leurs livres quel plaisir, mais admettons qu’ils sont infréquentables. Un deuxième sucre dans votre infusion? »
On entend dire aussi qu’un auteur DOIT refuser de se prostituer en écrivant des choses alimentaires, qu’il DOIT rester un puriste, accoucher dans la douleur d’œuvres littéraires parfaites du premier coup, quitte à ne pas en vendre une seule peu importe. Question d’intégrité. (puis-je mandater quelqu’un pour aller brûler la collection intégrale des Editions X.O ? N’oubliez pas de lapider tous les auteurs de chez Harlequin.)
OK. Mais…
Qui trouve quelque chose à redire aux acteurs qui s’auto congratulent en parlant de leur dernier film qui est un chef d’œuvre : allez le voir, c’est le rôle de ma vie ! Exemple :
« Les Visiteurs 2, c’est un film très, riche, au niveau de l’écriture » Jean Reno.
http://www.youtube.com/watch?v=z9h1XUZCO1w
Mais qui par honnêteté admettent trois ans plus tard : « Dans Les Visiteurs 2, j'ai été à chier ! » Muriel Robin (Excuse-moi, Muriel, on se fait un brunch ! Bisous !)
En musique, qui n’est pas très content de voir les artistes s’étaler en récits sur « Cet album, mon producteur m’a forcé j’y tiens beaucoup, jamais rien joué de pire, il est vraiment spécial, c’est un genre de renouveau de l’art, (On a remixé 4 titres, on en a traduit 2 en espagnol, on fait 3 reprises en duo, et il y a un titre inédit qu’on a refusé la dernière fois, parce que c’est Noël), je le porte en moi depuis plus de 15 ans (qu’est-ce qu’on peut balancer comme conneries quand même !).
En fait, l’attitude scandalisée que prennent les gens biens en parlant des auteurs leur est purement et simplement réservée. C’est déjà tellement rigolo de ne pas finir le mois, si en plus ces cons là se mettent à essayer de vendre leurs sales petits bouquins qui sentent (ils ne peuvent pas être bons, on n’en a pas entendu parler), où va le monde, ma pauvre Simone ?
Dans le même temps, quand on oppose aux libraires « ― Dites les mecs, vous jouez les offusqués, mais en fait, vous vendez principalement des livres dont vous pensez pis que pendre. ― Ha ! Oui ! Mais nous c’est différent, on doit vendre pour ne pas fermer boutique ! Et vendre du grand public nous permet de sauver (valeureusement, le glaive au poing dans notre armure étincelante avec un heaume de Gueules et d’Azur empanaché) les livres qui en valent la peine. »
Bien. Je vous propose de faire un peu d’histoire et de jeter un œil sur les moyens qu’ont eu et qu’ont aujourd’hui les auteurs pour se faire connaitre.
Il était une fois, il y avait des Rois. Et il y avait tout un tas d’auteurs attachés à leur service… tenez ! Ronsard ! Joachim Du Bellay et tous leurs copains! Ils ont écrit des trucs genre Défense et illustration de la langue française. Mais n’en parlons plus. D’abord, ils ont eu une vie fastoche, ils sont tous nés dans des châteaux et par-dessus le marché, ils vendaient leur talent à des types comme le pape, la cour, les riches… Je trouve ça un peu malhonnête.
Plus tard je me souviens d’auteurs comme Diderot, D’Alembert, Voltaire. Mais bof. D’abord ils s’autopubliaient. C’est un peu nul. On fait ça seulement quand on n’a aucun talent. L’Encyclopédie, c’est très surfait. Qui lit encore ce truc ? Je pense qu’ils n’ont pas respecté le principe d’intégrité.
Ensuite, on a inventé la presse de masse, et il a fallu écrire dans des revues bon marché en se conformant aux goûts du public, de l’aventure, des trucs historiques. Bon, il y a un type, Balzac, c’est à se demander comment on l’a laissé poursuivre dans cette voie. Un ami aurait dû lui dire de s’arrêter tout de suite, il a quand même écrit du caca pendant dix bonnes années en croulant sous les dettes, on n’a pas idée de laisser un tas de déchets pareil dans l’histoire de la littérature.
Nous arrivons sur les rives de l’époque moderne. Là, les auteurs tombent en dessous de tout. Non seulement ils s’autopublient, mais en plus ils vendent leurs propres livres dans des brouettes à la criée comme Apollinaire et tous ses copains DADAS. Aujourd’hui ces petits magazines à tirage limité ont tous été rachetés à coups de millions par nos amis américains, parce qu’en Europe on est vraiment trop pauvres pour conserver notre propre patrimoine.
Vous voyez où je veux en venir ? Tous les processus de vente et d’auto promotion ont toujours été utilisés. Ils sont adaptés au siècle et aux technologies disponibles à ce moment-là. Pour devenir auteur et le rester il faut du temps pendant lequel on doit se nourrir, se chauffer, s’habiller, maturer son travail. Pour gagner ce temps tous les moyens sont bons. Et je dis bien tous.
Dernière petite remarque : pour se payer le luxe de ne pas parler soi-même de ses livres, il faut que d’autres le fassent. Puis-je vous rappeler que les médias ne parlent pas du numérique ? Que les bloggeurs / libraires s’ils tentent le coup du bout des yeux ne le font pas encore ? C’est moins noble, Simone, moins noble que de chroniquer du papier ! Et nous sommes des gens nobles, n’est-ce pas ?
Qu’avons-nous comme arme dans la guerre du référencement ? La réponse est : rien, hormis une immense bonne volonté avec nos éditeurs. Nous ne mangeons pas depuis trois ans en bossant comme des dingues pour faire piger au monde que le principal n’est pas le support mais le contenu. Et puis quand nous aurons bien trimé, bien ouvert le marché, les grosses maisons vont s’incruster en dix minutes à coup de bestsellers validés papier.
Laissez-moi vous dire, tout à fait entre nous, depuis ma soucoupe volante d’artiste droguée bien au-delà de toute cette trivialité, que je trouve l’avenir que vous me réservez bien triste.
P-S : je n’ai jamais auto critiqué en ligne un de mes textes. J’attends patiemment l’avis de mes amis internautes. Mais quand maman m’a proposé d’écrire trois lignes sur mon premier roman qu’elle n’a pas aimé du tout, j’ai dit oui. Jetez-moi des pelures au visage, je suis prête !
Vous aussi devenez MILLIONNAIRE ! En écrivant des livres.
Cet article je l’ai attendu longtemps, je l’ai cherché partout, j’ai écumé le net en hurlant son nom dans les brisants :
LA RECETTE MAGIQUE DU CHAUDRON A MILLIONS (…lions lions lions lions…)
(Je suis contente de ne plus être anormale, avouez. Vous ne pouvez plus nier. Vous êtes comme moi, sinon, vous ne seriez pas ici.)
Je vais donc l’écrire pour vous.
Pour devenir millionnaire en écrivant des livres (Ne riez pas, ce n’est pas un oxymore, vous pouvez sincèrement vous engager dans cette voie en pleine conscience, c’est à la mode, comme les massages plantaires) je vais commencer par vous révéler qu’il n’y a pas UNE façon, pas DEUX façons, mais bel et bien (Là, j’ai une hésitation ― pour rester crédible ― mais il ne s’agirait pas de manquer d’ambition…) de très nombreuses façons d’y parvenir.
Evidemment, ces techniques infaillibles, sont également rapides !
Attendre ? (rire guttural appuyé) C’est pour les loosers.
Vous conviendrez que sur des sites comme : Pétédetunes.con, Je-ne-sais-plus-quoi-faire-de-mon-blé.zut, ma/richesse/extraordinaire.flouze, il n’y en a pas.
Une fois admis qu’il est beaucoup plus confortable d’être définitivement millionnaire dès demain, reste à appliquer les préceptes révolutionnaires (qui se trouvent dans un livre que je devrais vous proposer d’acquérir pour une somme modique) que dans un élan d’altruisme incontrôlable je vais vous livrer en toute amitié. Je n’en ai plus rien à faire vu que…
…vous pouvez m’imaginer dès à présent ― et ce jusqu’à la fin de ce billet ― allongée à Cancun totalement nue, car les millionnaires n’ont plus besoin d’artifice en dehors d’un yacht et d’une coupette de Veuve Clicquot millésimée. La pauvre. Quelle tragédie.
Dans un premier temps, il faudrait avoir un livre à vendre, mais c’est un détail. Peut-être vous ferais-je part ultérieurement de l’équation magique qui permet de produire un chef d’œuvre sans se fatiguer. Contentons-nous de piquer celui d’un autre et de changer le titre. Au pire demandez-en un à votre voisin.
Technique #1 le BANDEAU DU SUCCES
Il est admis qu’on n’achète que ce qui a du succès. Vous avez donc tout intérêt à démontrer que vous avez des labels. Généralement l’apposition d’un bandeau rouge avec écrit dessus des trucs en blanc est hyper efficace. Si la police de caractère est trop petite pour être déchiffrée, c’est encore mieux. Les bandeaux du succès peuvent se superposer. Mettez en un maximum dans les quatre dimensions :
« 100.000 exemplaires déjà vendus! »
« Traduit en 10.000 langues ! »
« Prix Goncourt 2011- 2012 - 2013 ! Prix Féminus ! Prix du livre écrit en apesanteur ! Prix de la page 2010 ! »
Technique #2 LES FORMULES D’APPEL
Généralement, cela reste insuffisant. Ajoutez lisiblement sur le 4e de couv’ des adjectifs totalement hors sujet représentatifs du contenu :
« Extraordinaire ! »
« Ahurissant ! »
« Iconoclaste ! »
« Funiculaire ! »
« Nébulique ! »
(Toujours plus de deux syllabes, il faut faire intellectuel, vous avez écrit un livre, n’oublions pas.)
Technique #3 LE PARRAIN ET LA FORMULE PHILOSOPHIQUE.
Il reste encore un peu de place ? Qu’à cela ne tienne ! Un parrain prestigieux l’a dit en quatrième de couverture :
« J’en ai pleuré ! » Nietzsche
« Ce livre m’a sauvé la vie ! » Servan Schreiber
« On aurait voulu pouvoir faire mieux ! » Guillaume Musso / Marc Levy
« Mer² ! » A. Einstein
Technique #4 TWITTER FACEBOOK ET LEURS AMIS LICORNES ou comment générer un bon GROS POURRIEL VIRAL (affectueux).
Ha ! Non ! Maintenant que tout est parfait, ne plissez pas le nez avec cet air dégoûté.
Tout le monde le fait, pourquoi pas vous ?
Je ne vous cache pas qu’il vous faudra peut-être plus de talent que pour le bouquin, mais avec un peu d’entraînement vous devriez générer de petites perles de persuasions. Allez, je vous aide. C’est tout moi, ça me perdra.
« Je choisis mes amis avec parcimonie, mais parmi ce nombre restreint de gens très précieux, j’ai toujours su que je pouvais compter sur toi plus que sur tout autre. J’ai écrit un livre qui : augmente la paix dans le monde, lutte contre l’illettrisme, réduit l’inflation et le cholestérol, neutralise la dépression, te rendras plus souple pour ton prochain cours de yoga,
Si tu es vraiment mon ami, revends-le à 200 personnes,
Et si tu le fais, tu pourras être sûr que Dieu et Jésus Christ seront tes sauveurs personnels, tu vivras au paradis pour toujours.
Si tu ne me crois pas vérifie ! Cela va vraiment se produire !»
ENVOYEZ A TOUS LES CONTACTS. (option achat de mailing lists) (on peut également mettre en perspective la mort brutale en cas de refus)
Technique #5 Travaillez votre IMAGE D’ARTISTE
Les artistes ne sont pas comme vous et moi, reconnaissons-le. Il faut donc trouver un truc. Les plus courageux prouveront leur talent en se coupant une oreille, c’est un must. D’autant qu’une fois millionnaire, la chirurgie fait des miracles.
La pendaison avait le vent en poupe au 19e, aujourd’hui ce sont les vampires, vous pourriez organiser un miracle intermédiaire. Bref, trouvez votre truc crédible. (oubliez « porter un chapeau extravaguant et manger des fruits pourris », une fille l’a fait une fois, ça a ruiné son sex appeal)
Conclusion :
Faut-il préciser qu’il serait préférable de prévenir tous les médias possibles avant de mourir bêtement, et de l’annoncer bien en avance pour le balancer sur Youtube ? Non ! Vous voyez ? Vous êtes sur la bonne voie!
Sur-ce mes chéris, Tatie Charlotte va vous laisser profiter de vos dernières heures de pauvreté avec délices et filer chez l’esthéticienne. Quand on est à poil, il faut rester vigilant !
Monsieur l’éditeur, je… préfèrerais mourir foudroyée par la lèpre bubonique, s’il vous plait.
…C’est le grand jour, celui où…
tu t’es faite belle et tu as mis ta robe chatoyante en soie de loutre de l’Himalaya perlée de larmes d’espoir, celui où…
Tu te rends à l’imprimerie en tremblant comme la fois où tu as rendu ton mémoire de thèse relié à l’envers avec seulement les pages impaires et que tu t’en es aperçue pendant la soutenance,
C’est le jour où….
avant de lécher le timbre (15,90€ pour la Belgique quand même) tu dois écrire :
UNE-LETTRE-DE-PRESENTATION-POUR-L’EDITEUR.
Et là, c’est le drame.
Tu te demandes : c’est Q-U-O-I ? Le but d’une lettre qui va avec un manuscrit ― putain ― ?
Oui parce que quand même, il y a pas mal de chances pour que les 200 pages que tu viens d’imprimer n’aient pas été pondues en dix minutes. Ça t’a pris au grand minimum le temps de taper 500.000 caractères avec un doigt de façon à ce que ça fasse des phrases avec des espaces entre les taches.
Tu as filé un synopsis que tu as tenté de rendre convainquant, ton adresse et ton numéro de téléphone en espérant avoir encore suffisamment de sous pour payer ta facture d’électricité pour recharger ta batterie au cas où on cherche à t’appeler pour te dire qu’on accepte ton livre…
Mais ce n’est pas suffisant.
Dans quasi 100% des cas, on lira X. pages avant de remballer et d’écrire ton nom sur un petit mot standardisé : « Nous tenons votre manuscrit en otage. Si vous souhaitez le revoir vivant, envoyez-nous un virement d’un montant de 50€ sur notre compte #c’estpasnousc’estlapostequifaitdel’humour ― et priez le ciel pour qu’il ne se perde pas en route. » Malgré ça, bon nombre d’éditeurs insistent pour « avoir une petite lettre de présentation gentille, c’est très important, pour nous faire une idée ».
OK. Je note. Le bouquin, en soi, pour se faire une idée, n’est pas suffisant. Le synopsis, c’est un peu comme de lire Proust à une tourte au lémurien au lieu de la manger, en revanche ! (roulement de tambour) LA LETTRE DE PRESENTATION, ça ! C’est ….
Quoi ?
Je ne vois pas 150.000 manières de se plier à l’exercice.
Sur le plan du contenu :
« Cher éditeur. Je ne sais pas qui tu es, je ne sais pas ce que tu fais, je n’ai jamais trouvé un seul de tes bouquins dans une librairie, d’ailleurs, tu es situé à Craponne-sur-Arzon, et je n’ai foutrement aucune idée de où peut bien se trouver ce bouiboui perdu, c’est curieux, ça quand même, en général, les éditeurs se regroupent dans le 6è arrondissement … Mon livre est tout pourri, je l’ai fait en trois jours avec les pieds, mon kiné a dit que ce serait un super exercice de rééducation.»
Non. On est d’accord.
Traduisez en conséquence : « Cheeeeeeeeeer éditeur d’amour que j’aime. Je suis avec le plus grand intérêt TA production, ma grand-mère habite Craponne-Sur-Arzon, rue de la Chapelure, je suis un fervent consommateur de tes livres et je te rapporte environ 500€ par an, dans ma bibliothèque il n’y a que toi, prends-moi-je-t-aime.
Mon livre est génial. J’ai sué, j’ai pleuré, j’ai prié, j’ai une sensibilité littéraire exacerbée que tu apprécieras à travers chaque ligne.»
Dans la plupart des cas, j’imagine qu’une telle missive fait plaisir est pipeautée. Quand bien même ce serait vrai, si ça fait toujours du bien à l’éditeur en question qui pourrait avoir l’impression que tu l’as choisi exprès, je me demande bien comment ils font pour distinguer le bon grain de l’ivraie.
J’ai donc du mal avec le concept. Sérieusement. C’est un peu comme de demander un amour inconditionnel et la fidélité à quelqu’un que tu as vu deux fois. QUI ??? Peut se targuer d’avoir fréquenté toute ou quasi toute la production d’un éditeur qui cultive 5 ou 6 ou 10 collections différentes et dont le but affiché est de se diversifier au maximum ? Parce que je me plais à croire que lorsqu’on est éditeur, l’excellent manuscrit peut justifier la collection (ou le plan marketing particulier). Venir par là-dessus avec un manuscrit ciblé parce que la collection existe et qu’on pourrait en faire partie, c’est comme de se demander qui est venu en premier : l’œuf ou la poule.
Une fois admis que dans une telle lettre il faut objectivement adorer le veau d’or avant de l’avoir fréquenté et écrire très bien en s’auto congratulant, il y a :
LA FORME.
Tu peux ?
Rire. (Je suis décontractée, je ne suis pas folle j’ai de l’humour, vous savez)
ou
Pleurer. (Je suis un poète maudit au génie incompris, entendez-moi, vous qui n’êtes pas aveugle sourd. C’est une métaphore. Poète, j’ai dit.)
Alors, non, vraiment, je m’excuse. Vous, les éditeurs, je vous apprécie, je considère votre travail que je serais incapable de faire et qui nous fait exister, nous les auteurs, mais vraiment, la lettre de présentation, je ne comprends pas. Hormis écrire des trucs d’une absolue platitude en priant pour que ça paye à l’exclusion de toute démarche artistique, je ne sais pas de quoi exactement ce serait révélateur. On entend souvent les éditeurs railler l’égo surdimensionné des auteurs. Ne serait-ce pas pour une fois la preuve qu’ils en ont un aussi, suffisamment développé pour souhaiter qu’une fois un manuscrit refusé chez eux, l’auteur, n’ayant aucune contrainte alimentaire, jette son travail aux orties sans aller voir ailleurs, et se remette à travailler pour lui sans rémunération dans l’espoir d’être remarqué ?
En tant que professionnels du lire (à contrario des auteurs qui bossent pour être des professionnels de l’écrire) les éditeurs ne sont-ils pas à même, en dehors de n’importe quelle lettre de présentation, d’estimer le travail fourni en l’espace de quelques pages ?
Bon. Sur ce. Je vais ne pas écrire de lettre de présentation !
« Monsieur le Doyen, puis-je écrire « Chatte », s’il vous plait ? »
Après avoir usé près de dix années durant ma culotte Petit Bateau sur les bancs des universités, j’ai le sentiment d’être arrivée enfin au point de départ. Questionnement ridicule s’il en est, que je retrouve pourtant sans arrêt à travers mes pérégrinations livresques et numériques. La question du style.
En revenant en arrière, je m’aperçois que dès la première année de littérature (prononcez le mot avec componction en appuyant longtemps sur le « ââââ » pour obtenir l’effet souhaité), pifpafpouf, on t’enseigne les monuments des belles lettres (cathédrââââles) que seul le béotien néglige et que Ô grands dieux, personne ne peut n’aimer point lire. Tac ! C’est parti, en petites foulées, du Moyen-Âââge à nos jours on se tape des chefs d’œuvres à n’en plus pouvoir, le prof émérite qui porte une tignasse de hippie et une barbe de trois mois, squatte une caravane à l’entrée du campus balance : « Toi qui entres ici abandonne toute espérance si tu dors plus de trois heures par nuit, tes études sont vouées à l’échec. Il faut lire et lire encore, jusqu’à ce que tes orbites tombent à l’intérieur de ta boîte crânienne avec un petit bruit sec. » Raisin sec. Ploc.
Alors comme tu veux réussir, tu t’exclââââmes, tu te fades Marguerite de Navarre, Le Roman de Renard et tout Chrétien de Troyes en VO, tu surfes comme un damné sur la vibe « une corneille perchée sur la racine de la bruyère boit l'eau de la fontaine Molière », ta mère, et puis au pas de course Balzac, Zola, Flaubert, Proust et… Oh ! Ici un grand panneau stop, parce qu’en Fac de lettres après Proust il n’y a plus rien de valable.
Voici venue l’heure de faire un Mémoîîîîre. Et tu te demandes comme un con ce que tu aimes vraiment lire. Là, tu découvres que tu n’en sais rien. Hé ouais. En l’espace de 5 années d’études littéraires, on t’a laissé tellement le choix que ça ne t’a jamais traversé les méninges de te demander UNE SEULE FOIS si ce que tu ingurgitais te faisais vraiment plaisir. Le « plaisir » d’ailleurs, c’est un truc vaguement obscène dans le temple du savoir.
Et puis un beau matin, tu décides que tu vas écrîîîîre. Ecrire c’est devenu plus flippant que te faire arracher les molaires sans anesthésie avec un tournevis rouillé. Tu es fan de de Gracq, Mallarmé, tu as sucé des vers jusqu’à l’os, à moins que ce ne soit l’inverse, tu n’es plus très sûr.
Tu prends ton stylo clavier, tu t’arrêtes là.
Parce qu’en gros si tu souhaites mettre en scène la vie d’une maison close dans l’Angleterre Victorienne, à un moment, tu risques d’avoir envie d’utiliser des mots cochons. Et de manière générale, durant les dix dernières années, tu n’en as pas lu un seul dans un chef-d’œuvre. Non. PAS. UN. SEUL. Alors tu écris la chose comme suit :
« (…) La Branlue tendait au vice un poignet secourable et avait développé un talent qu’aucune d’entre elles ne pouvait concurrencer. Son physique peu avantageux avait trouvé compensation dans cette spécialité, qui en faisait l’un des caractères les plus rentables de La Tirelire à Moustaches.
— Me Vl’a me v’la ! Y a pas encore le feu à la jaquette que je sache !
— La Branlue, j’espère que tu as suffisamment d’huile de coude pour ce soir. Et toi Lucy ! N’hésite pas à faire profiter les moins expérimentées de tes talents ! Mesdames, aujourd’hui, je ne veux pas entendre qu’une seule d’entre vous n’a pas trouvé le moyen de passer à la casserole ! Il faut que ça boive, que ça pelote ! (…) Ne me faites pas mentir ! Ayez de la conversation d’abord, décoincez les braguettes ensuite ! » Charlotte Charpot, L’Entre-Temps, Tome 3.
C’est joli hein ? Ca va parce qu’avec un bon dictionnaire d’argot, il y a moyen de faire coloré sans être trop vulgaire. Mais qu’arriverait-il si… la « chose » se passait aujourd’hui ?
Et là, c’est le drame. Tu évoques direct le pouvoir du crâne ancestral les lumières du Doyen de l’université et tu t’imagines demandant : « Monsieur Le Doyen, puis-je écrire « chatte », s’il vous plait ? ». Et tu te rends compte que c’est LA RAISON POUR LAQUELLE, certainement, en Fac de lettres, il n’y a plus de livre après Proust.
Tu lis Joël Dicker, tu y prends beaucoup de plaisir reconnais avec toute ta culture que ça « manque de style » et tu tombes sur des railleries de bloggeurs à propos de ce que dit l’auteur:
"Je m’étais donné beaucoup de peine pour ce roman et pour le rendre le plus littéraire possible, parce que j’avais l’impression que c’était important pour qu’un livre trouve preneur chez un éditeur." — (Joel Dicker, à propos de son précédent roman, La vérité sur nos pères)
Hum. Je pense qu'il est grand temps de créer un nouveau prix littéraire, le PDRLPLP : le "Prix du Roman le plus littéraire possible".Avec un prix de consolation à la clé: Le PRPLOSDBDP: le "Prix du roman pour lequel on s'est donné beaucoup de peine".Mais soyez prévenus: les noms de ces prix seront plus cool à lire que les livres qu'ils couronneront.
http://towardgrace.blogspot.be/2012/11/ces-petites-phrases-qui-tuent-elles.html?spref=tw
Hahaha ! Mort-de-rire-super-drôle ! C’est un peu le « Mais comment peut-on être Persan ? » version « Comment peut-on penser qu’il faille faire littéraire ? », et tu essuies une larme de sang tellement tu te reconnais dans les propos de ce frère d’armes.
Dans le même temps, tu lis un autre auteur qui témoigne :
« Pierre Valk (éditeur) m'a reçu : (…) et ne m'a pas caché d'emblée que renseignement pris, il ne publierait jamais rien de moi. Je n'avais déjà que trop publié, et les livres même qu'il ne faut pas. De la poésie (un mot qui fait fuir le public). Des romans d'imagination (…). Des fictions contemporaines (l'histoire et la protohistoire ont un attrait qui pallie le manque de notoriété de l'auteur). Des récits à forte teneur psychologique (l'erreur absolue, on attend des personnages qu'ils agissent d'une manière animale : il faut qu'on devine ce qu'il y a derrière leur mutisme actif). De façon générale, un écrivain doit être célèbre après trois livres, sinon il est trop tard. S'il en a publié dix et qu'on ne le reconnait pas dans la rue, c'est terminé. Chaque nouveau titre diminue le niveau déjà si faible de sa notoriété. » Luc Dellisse http://www.bela.be/homepage/auteurs/auteur/blogs/luc-dellisse.aspx
Celui-ci adore visiblement les textes TRES littéraires avec des métaphores bibliques et philosophiques. Mais il n’est pas vendu. Tu te rends compte qu’il y a l’autre côté de la barrière. L’univers des livres-qui-ont-du-succès-sans-littérature-inside. Un univers avec un verrou intellectuel en sens inverse. Il FAUT faire comme Donald Ray Pollock et écrire (de préférence souvent) :
« Des femmes comme ça, pour un dollar ou deux, ça baiserait avec un chien, ou avec un âne, ou avec n’importe quoi. (…) Flapjack était venu voir Théodore pour qu’il lui enseigne quelques accords de guitare, mais à la place il avait appris à l’invalide comment jouer de la bite (…) – Qu’est-ce que ça veut dire ? Je suis pas un suceur de bite. (…)» Donal Ray Pollock Le Diable tout le temps, Albin Michel P. 156-157.
C’est le « business-plan-bite-couille-chatte. » Tu entends tes orbites tomber à l’intérieur de ta boîte crânienne avec un petit bruit de raisin sec. Ploc. Tu prends ton stylo, tu trembles, tu ressens tous les signes du dysfonctionnement émotionnel/cardiaque/nerveux/intellectuel, tu es bien décidé, cette fois-ci, tu peux le faire, même sans la permission du doyen tu peux écrire « Chhhhhhaaaaaaatttttt…. »
« Lucy, affamée après une grasse matinée qu’elle avait savourée comme une chatte sur un coussin moelleux, rejoignit le fiacre qui l’attendait dans la rue (…) » Charlotte Charpot, L’Entre-Temps, Tome 3.
Hé ben voilà, hein ? Ça, c’est fait ! On respire tout de suite plus librement, c’est sûr.
Pour conclure, je vais citer un texte de S. King, qui doit être de loin le type le moins hypocrite en la matière que j’ai jamais lu et suivre son conseil, en écartant de moi définitivement les deux pôles sataniques des profs d’université et des éditeurs qui veulent se faire du blé :
« La Legion of Decency n’aime peut-être pas le terme merde, et si ça se trouve vous ne l’aimez pas non plus ; mais par moment il n’y en a pas d’autre (…) Si vous mettez « Oh, flûte ! » à la place de « Oh, merde ! » par crainte d’être critiqué par les gens bien-pensants, vous rompez le contrat tacite passé entre l’écrivain et ses lecteurs : vous leur avez en effet promis de dire la vérité sur la façon dont les gens se comportent et parlent par le biais d’une histoire inventée » S. King, Ecriture, p. 221 Le Livre de Poche.
Et voilà. Débrouillez-vous avec ça. Je sais qu’on n’est pas beaucoup plus avancés dans le débat, à ceci près que dans « cette obscure clarté qui tombe des étoiles » la quête d’une authenticité de la langue à l’aide de la lampe torche de la « vérité » est l’outil le moins stupide qu’on m’ait proposé à ce stade.
A vous les studios, avant un grand débat sur la « vérité » en littérature.
L'Entre-Temps est sorti!
La nouvelle grande saga historico fantastique en 3 volumes de Charlotte Charpot est disponible sur toutes les plateformes numériques.
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Bonne lecture!
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Une première critique sur Amazon:
"Si vous aimez plonger des bas fonds londoniens d’avant-guerre
aux sortilèges égyptiens de la haute Antiquité pour vous retrouver
au plein cœur d’un Hollywood du vingt-et-unième siècle après un détour
dans les couvents froids et hostiles du 18ème siècle, alors vous suivrez avec
délices le fil bleu et méandreux d’un auteur qui adapte avec bonheur sa
Langue aux époques et aux lieux traversés et palpiterez aux aventures de
son héroïne autant ubique que polymorphe : une vraie friandise à déguster
avec gourmandise…"



