Charlotte Charpot, le blog de l'auteur.

27 novembre 2013

AUTOBIODEGRADABLE, disponible en ligne!

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Ici : http://numeriklire.net/

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20 novembre 2013

INTERVIEW DE CHARLOTTE CHARPOT POUR LA SORTIE DE SON NOUVEAU ROMAN

 

Charlotte Charpot :

 

« Le monde du travail est invraisemblable »

collage_charpotOserez-vous entrer dans le cube ? Et découvrir un roman résolument original, percutant, contemporain et qui risque bien de vous bousculer, mais pour mieux vous ravir et vous séduire. Vous êtes dans l’ère industrielle de l’être industriel, vous dit l’auteur en préambule, avant de vous promener dans le monde d’une entreprise qui pourrait bien devenir la vôtre dans quelques années (à moins que ce ne soit déjà le cas), et vous enfermer dans une émission de télé de la pire réalité possible. Tout cela enrobé d’une écriture incisive, humoristique, précise et un rien espiègle, que Charlotte Charpot sait déployer tout au long de son roman pour divertir, mais aus si et surtout dénoncer, amener à réfléchir sur la société qui nous attend peut-être si on s’abstient de réagir efficacement à la captation de notre temps de cerveau disponible…

Autobiodégradable, c’est un OVNI littéraire, un OLNI devrais-je peut-être dire (objet littéraire), mais en même temps, on le lit comme un roman en ce sens que l’histoire de toutes ces Chantal et de tous ces Jean-Pierre est tellement notre histoire, ou pourrait l’être. Comment décide-t-on d’écrire ce genre d’histoire, quelle est la genèse de ce magnifique roman, et quel est le but poursuivi ?

Autobiodégradable est fait pour être un Objet Littéraire Non Identifié. Il me semble que le monde a profondément changé, cependant on croise rarement la route d’auteurs qui tentent de proposer autre chose sur le plan du style et de la manière qu’ils ont de le donner à relire. Ou peut-être les éditeurs ne souhaitent-ils pas courir le risque ? J’ai donc beaucoup de chance que Numeriklivres ait accepté ce titre. Je cherche en littérature comme en peinture des artistes capables de déplacer les choses, de les emporter ailleurs et de nous les rendre telles que nous ne les avions jamais regardées. C’est une tentative en ce sens que j’ai entrepris et pour déplacer les choses, il faut déplacer le verbe. Tout le pari alors est de trouver une voie suffisamment nouvelle pour être déroutante et suffisamment familière pour rester lisible. Cela est périlleux, toujours à la limite de la construction et de la déconstruction. Jusqu’où va-t-on accepter de se perdre pour se retrouver, jusqu’où le lecteur est-il funambule ?

Cette question est totalement liée à l’état d’esprit qui habite notre XXIe siècle. Partout les gens s’oublient. Le monde du travail est invraisemblable, nous avons tous connaissance des vagues de suicides consécutives à la privatisation des grosses entreprises comme les télécoms, la poste, et tant d’autres. Il y a la crise, le burn out, des pressions exercées dans tous les sens, les informations télévisées alarmistes, l’urgence permanente et lorsque les gens vont trop loin, ils se brisent. Il paraît qu’il n’y a jamais eu tant de congés longue maladie qu’à l’heure actuelle. Parallèlement, on assiste à une vague de retours à la nature, de volonté de changer nos modes de vie, la consommation bio, le yoga, les revirements professionnels pour ouvrir une maison d’hôtes à la campagne, ou fabriquer son fromage de chèvre. J’ai eu envie d’illustrer ces deux mouvements dans une parabole juste un peu trop folle pour être prise au premier degré, et juste suffisamment réaliste pour rester très inquiétante. Tout ce que raconte cette histoire existe réellement, je ne suis qu’un condensateur. L’objectif est aussi de dire aux gens : arrêtez-vous. Regardez en vous-même ce qui est important : c’est vous. Et si pour s’en souvenir il est nécessaire de se boucher les oreilles pour cesser d’entendre hurler les loups, faites-le. Nous sommes tous un peu loups.

Les interactions entre les différents personnages du livre et les situations auxquelles vous les confrontez sont parfois presque terrifiantes. Il y a un soupçon de fantasy à vrai dire et d’anticipation disséminée entre les lignes, petites doses homéopathiques certes, mais présentes. C’est quelque chose qui caractérise votre écriture, ou bien c’est fortuit ?

Le côté fantasy n’est pas fortuit. En l’occurrence, je prends le terme "Fantasy" au sens de légère anticipation. Ce qui est amusant, c’est de constater que nous partons sur l’idée d’anticipation, alors que nous pourrions partir sur celle de la caricature. Il semble que les deux notions soient bien proches pour que la confusion s’établisse dans nos esprits. J’envisage cette histoire comme très légèrement décalée dans le futur. Je ne précise cependant jamais ni le temps ni le lieu pour ménager le malaise. Est-ce aujourd’hui ? Est-ce demain ? Rien de moins certain.

La fantasy au sens de "anticipation" ne caractérise pas mon écriture je pense. Mais j’aime jouer sur les sensations temporelles ressenties par le lecteur. Dans Le Cas Nathalie Solenblum par exemple, l’histoire se déroule de nos jours, mais le vocabulaire est tellement baroque et délibérément désuet que l’on se croit au XIXe siècle sans conscientiser nécessairement la source du malaise. Un peu comme de travailler le clair-obscur du verbe, lui donner les couleurs d’un temps et d’un espace à chaque fois différent, parfois insaisissable.

Si je prends le terme fantasy au sens de "croisement du merveilleux et du fantastique" effectivement cela me caractérise. Je viens du monde de Tolkien, Moorcock, Hebert, Caffrey, Zimmer Bradley et tant d’autres. Ils m’habitent profondément. Le surgissement du fantastique est capable de nous libérer à bien des égards, il laisse la porte ouverte sur l’infini des possibles et donc surtout sur des possibles différents.

Il y a quelque chose de cinématographique dans ce roman, des scènes qu’on verrait bien se dérouler sur grand écran. Quelles influences ont guidé ce texte ?

J’ai été inspirée par les livres de Douglas Coupland, principalement. Cet auteur est un génie contemporain extraordinaire. Côté cinéma, l’univers de Scott Pilgrim, car le réalisateur a tout osé, et surtout parce qu’il propose une manière totalement décalée moderne et fraîche de raconter une histoire. C’était le signe que je pouvais l’envisager à l’écrit. Enfin, j’ai été nourrie par la poésie de Gherasim Lucas. Alors là, comme ça, chercher quel rapport il peut bien y avoir entre Lucas et Autobiodégradable, j’avoue que cela ne va pas sauter aux yeux. Pourtant, il y a des courants profonds sur la façon de raisonner autour de la structure qui sont bel et bien là. L’édifice tient-il debout ? Tiendra-t-il jusqu’au bout ? L’un de mes objets poétiques préférés de Lucas est celui-ci : " S’en sortir sans sortir". Cela résume Autobiodégradable et la vie en son entier. Enfin, j’adore travailler sur l’instantané de l’image. Idéalement je voudrais faire surgir les scènes dans l’esprit du lecteur exactement à la manière d’un film. Comme si je projetais grâce au texte l’ensemble du décor. On me dit que je suis utopiste et pourtant je n’arrive pas à me départir de l’idée qu’il est possible que les images et les émotions passent avec quelque chose de commun d’une cervelle à une autre pour peu que l’auteur soit doué.

Un mot sur vos projets littéraires à venir ?

Concernant mes projets futurs… J’ai l’idée d’un roman qui ne me quitte pas depuis des mois et des mois. J’ai été contrainte de le mettre de côté pour des raisons professionnelles mais je vais m’organiser pour reprendre l’écriture très prochainement. En revanche, cette histoire n’a toujours trouvé ni sa forme ni sa structure. Le travail va être passionnant !

Propos recueillis par Anita Berchenko

26 septembre 2013

AUTOBIODEGRADABLE, le nouveau roman de Charlotte Charpot.

Très prochainement exclusivement en numérique un roman très inédit et très pas banal du tout de Charlotte Charpot : Autobiodégradable.

 Un roman dédié...
aux travailleurs
aux licenciés
aux chômeurs
aux burnoutés
aux déprimés
aux téléphages
aux suicidés
aux cyniques
aux PDG
aux écolos
aux surendettés
aux écrans plats
aux OGM
aux utopistes...

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22 août 2013

Le livre numérique : l’abominable agonie de la littérature ou l'abominable naissance de nouvelles écritures?

Le moins que l’on puisse dire est que depuis sa naissance, que dis-je… ? Ses balbutiements, l’idée du livre numérique a fait couler sueur, sang et larmes. Les détracteurs du concept ne cessent de lever l’étendard du livre en papier pour décrier le phénomène numérique comme étant capable de détruire la littérature, le lecteur, le rapport au livre, l’odeur du papier, sa texture, son incroyable capacité à être consommé lu sur une plage ensoleillée les mains pleines de monoï enrichi ultra gras.

 

Tous les arguments sont bons pour rappeler avec nostalgie combien cette époque bénie où les pages jaunes qui sentaient la poussière, entre lesquelles on pouvait glisser amoureusement quelque edelweiss cueilli sur le toit du monde au péril de sa vie, ou signet tendrement brodé de main d’aïeule était précieuse et combien il est inenvisageable de pratiquer la lecture autrement.

 

Je verse une larme attendrie à leur côté, sans essayer de rappeler qu’un livre numérique et un livre en papier peuvent cohabiter, que j’ai beau trouver pratique dans un bus de ne pas transporter sous le bras 18 volumes encyclopédiques ou les trois tomes du Vicomte de Bragelonne, j’adore aussi retrouver sur mon transat le dimanche, le contact d’un classique de chez Corti, quitte à prendre le temps de l’ouvrir au coupe papier. 

 

Mais il existe une idée sous jacente, une insinuation persistante, qui n’est parfois que suggérée, parfois soulignée avec insistance. Les détracteurs du livre numérique sont aussi des détracteurs du LIRE numérique. Ils partent du principe qu’aucun auteur digne de ce nom ne serait désireux de voir son ouvrage édité dans un tel format, que l’écriture numérique est donc moins valable que l’écriture à destination d’un imprimeur. Le support – parent pauvre – est en conséquence aussi le parent pauvre sur le plan du fond et de la forme. (Ne nous avançons pas à supposer que le lecteur numérique est implicitement aussi moins valable que l’auguste lecteur papier, ils ne l’ont pas prononcé.)

 

L’auteur, le vrai, pour avoir une valeur littéraire, doit être publié papier. Je ne disserterai pas ici sur les lenteurs de la chaine du livre, les 1001 raisons pécuniaires et pratiques qui pourraient pousser les auteurs à désirer au contraire trouver un éditeur numérique. Je vais lever un tout petit peu plus le voile diaphane de l’idée des pourfendeurs du livre numérique pour voir où elle nous mène, et peut-être où ils ne souhaiteraient pas que nous nous aventurions.

 

« Le livre numérique modifie notre rapport au texte » … et de m’interroger sur ce texte. C’est la mort d’un certain style de lecture – de lecteur. Nous sentons bien l’implicite d’une forme de rapport « préférable ». Mais alors fondamentalement, que change le livre numérique dans le rapport du lecteur au texte ? Les réponses sont aisées : le lecteur peut survoler le texte, le feuilleter, le jeter, ne pas le lire, ne pas le finir, ne pas l’aimer, s’en délester après quelques pages voire quelques lignes seulement. Oui, car on ne consomme pas de la même façon le livre physique qu’on aura mis une heure à choisir, guidé – peut-être – par un libraire avisé et qu’on aura payé 25 euros, que celui acquis pour 0,99ct en ligne sur conseil de bloggeurs bénévoles.

On entre dans l’ère de l’instantané, facile, qui fait si peur aux aficionados de la ramette reliée avec le corolaire que La plume qui signe le texte oublie le « style » pour proposer du vulgaire consommable. Avènement de la chick lit, de la romance, du polard soupe, du lovebook sur un loveboat…. Ha mais ? On me souffle à l’oreille que… la forme papier de ces ouvrages existe ? Que c’est principalement ce marché là qui sauve les libraires du naufrage ? Qu’on vend 1000 Harlequin  pour 0,001 Mallarmé ? Que l’avènement de cette littérature de masse n’a pas attendu celui du support numérique ? Cela signifierait que le changement qualitatif n’est pas fonction du média, que la plume de l’auteur n’est pas de facto dégradée par l’idée qu’il sera lu autrement qu’en feuillets.

 

De quoi d’autre peut-il être question alors ?

 

« Le livre numérique c’est la mort d’une certaine forme de littérature ». Qu’entend-t-on par là ? Ne pensons-nous pas forme classique, policée, choyée, amour de la langue ? Mon cerveau en ébullition sursaute dans son liquide rachidien à chaque fois que l’on ne présente qu’une partie du problème. Si quelque chose se meurt, personne n’ajoute : « n’y a-t-il rien de naissant ? »

 

Que voyons-nous se profiler à l’horizon ? L’immense territoire vierge de création qui s’ouvre avec toutes les possibilités offertes par la disparition des contraintes du support. Le mythe du liber mundi recelant une parole totale, sacrée, non bornée par le temps ou l’ espace, me revient à l’esprit, tout comme les chefs d’œuvres poétiques qui n’auront jamais vu le jour faute de moyen des éditeurs et de perspective de ventes pour mettre en page les textes pointus de quelques génies dadaïstes, originaux surréalistes, calligrammes apollinariens , ou pointillismes éclatés d’après guerre…

 

Ne touchons-nous pas les chatoyants rivages dont rêve tout auteur enfin libre de travailler son texte de façon cubiste, dans toutes les dimensions ? D’ajouter aux axes paradigmatiques et syntagmatiques un immense espace vierge non borné, un défilement, la circulation d’une pensée que jamais l’imprimerie ne permit ?

 

Je me demande alors vers quoi pourrait bien tendre la littérature échappant aux logiques de construction classiques, aux carcans rigoureux, à la prose poétique au déroulement lent et sinueux. Après avoir exploré avec passion les méandres de l’allitération, de l’assonance, la texture de la langue que nous offre ce réservoir d’expérimentations qu’est le support numérique ? Au lieu de pleurer la mort d’une certaine forme de livres/littérature/lecture/lecteur (je les mets tous en brochette, ceux qui préfèrent les feuilles ont affiné leurs doléances en les immolant les uns après les autres sur un joyeux carrousel) ne pourrions nous nous réjouir de l’arrivée d’une nouvelle ère de l’écriture ?

 

A ce point de ma réflexion je ne peux que me tourner vers quelques éditeurs numériques pour leur demander de m’éclairer sur la publication de textes originaux qui lanceraient les lignes de fuite de la modernité littéraire.

Je me souviens de livres précurseurs comme la révolution Jpod de Douglas Coupland qui éclatait déjà un nombre incalculable de codes malgré les limites trop palpables de la page.

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J’en viens donc à mon article suivant. Cachez-vous les yeux.  

 Le Numérique ou l'abominable naissance de nouvelles écritures?

La littérature se rapprocherait-elle des codes d’internet et des jeux vidéo ? Je ne voudrais pas éradiquer le suspens immédiatement en vous donnant la réponse. Non. Je ne suis pas cruelle. Je vais d’abord faire une grande digression.

Je lisais chemin faisant le dernier Studio Ciné live en papier ce matin dans les transports en commun. J’avais apprécié l’édito de M. Fabrice Leclerc sur la bascule entre le cinéma d’hier et celui de demain, ou l’affrontement de « la caméra de papa et les colts 45 contre la palette graphique et le joystick »[1]. Je suis tombée ensuite sur l’article « Le jeu vidéo nouveau maître d’Hollywood »[2] qui analyse de quelle façon le jeu vidéo a progressivement gagné du terrain, permis au 7e art d’affiner les effets visuels pour entrer dans une nouvelle ère. Au départ, - tout le monde s’en souvient, ou pas - les adaptations de jeux vidéo au cinéma (Street Fighter/ Mortal Kombat / et autres Doomlike) étaient d’épouvantables calamités intellectuelles et scénaristiques. Seule une poignée de geeks biberonnés à la console étaient capables d’apprécier simultanément les causes et les conséquences de ces abominables tentatives.

Mais sur le fond, l’idée était bel(le) et bien là, et aujourd’hui des films mythiques commencent à naître de la migration des codes narratifs du jeu vidéo vers le cinéma. A force de tripoter des tablettes, de tapoter sur des écrans, le grand public acquiert des réflexes intellectuels directement issus de la logique internet et de celle des jeux vidéos. Les codes ont été assimilés et lorsqu’ils ressurgissent au détour d’un film ou d’un livre, ils sont compris. Compris ? Ne passerions nous pas la frontière du mot « recherchés » ?

Et me voilà glisser joyeusement du film vers son scénario, du scénario vers l’écriture, de l’écriture vers internet et toute une foule de trouvailles sémiologiques qui n’attendent qu’à éclore pour enrichir les livres de demain. Car penser le livre en arborescence, utiliser les nouveaux logiciels d’écriture hyper adaptés aux besoins des auteurs, intégrer les nouvelles formes de distraction, c’est délaisser l’écriture linéaire au stylo bille sur le cahier d’écolier. C’est aussi admettre que la pensée qui génère la ligne se structure différemment et que certainement on n’écrira plus jamais comme hier.

Est-il possible de mesurer l’écart qui se creuse entre l’écrivain d’hier et celui de demain ? La modification des codes narratifs et la tectonique du livre ? N’est-ce pas fondamentalement cette naissance imprévisible avec ses défauts, ses tâtonnements et ses impasses qui effraye tant les tenanciers du tout papier ?

Et n’est-ce pas la plus fabuleuse aventure qu’il nous est donné de vivre depuis Gutenberg ? 



13 juin 2013

Petit billet d'humeur sur l'Ego des auteurs.

Toute la journée,

j'entends parler de l'Ego des auteurs.

Les éditeurs en parlent,

Les libraires en parlent,

Les blogueurs en parlent,

Les AUTRES auteurs en parlent,

Tous ceux qui les côtoient, en général, en parlent.

 

C'est énorme un égo,

C'est énervant, poussiéreux, ça prend de l'espace, de l'oxygène, c'est casse pieds, ridicule, envahissant, égoïste, monopolisant, ça bouffe de l'énergie, ça agace,

 

en bref, c'est sale.

Vil.

Déplaisant.

Pour les bonnes gens.

Qui n'en ont pas.

 

Et d'ailleurs un auteur qui a un égo, c'est certainement un frustré, mauvais coucheur, qui n'y arrive pas, qui ne va nulle part, dont l'oeuvre devient suspecte, puante, qu'on n'a plus trop envie d'approcher, un orignal en somme.

 

Non. L'artiste, le vrai, le beau le grand, il doit être... humble. C'est à cela qu'on les reconnaît.

 

Mais résumons un peu. Parallèlement, nous sommes tous bien d'accord : l'artiste est tout seul, il travaille d'arrache pied, le génie comme le nègre. Le mauvais livre demande autant de travail que le bon, parfois bien plus, on n'y peut rien. L'artiste n'a pas un radis, il lui faut attendre trois ans au bas mot pour toucher un euro, quand il en touche un parce qu'un éditeur véreux ne l'a pas entourloupé, qu'un pirate n'a pas tout diffusé à l'oeil, que les lecteurs n'ont pas boudé son livre, qu'il est parvenu à l'écrire, envers et contre les factures, le fisc, les petits boulots alimentaires, les obligations en tous genres, la pression familiale, l'incrédulité de l'humanité, les contraintes horaires, les accidents de la vie, et tous les petits tracas quotidien qui l'éloignent irréversiblement et systématiquement des rares instants qui l'éveilleront à lui même et lui permettront enfin, de se remettre au grand (ou au petit) oeuvre.

 

Vient le temps où il a fini. Corrigé la dernière coquille, apposé la dernière ligne, le dernier mot, le dernier point, et ou enfin...

 

Il va y avoir divulgation. Et des échecs. Plein d'échecs. Un budget colossal d'impression, de reliure, de timbres poste, de sueurs froides, d'émotions fortes, d'humiliations modiques, d'attentes interminables, de fibrillations, de crépitations pulmonaires, de nuits blanches, de solitude, encore, et de lieux communs amicaux « ha tu sais... être publié, aucune chance de nos jours. Et même si tu y arrives, à quoi bon? On peut passer à autre chose maintenant? Reprendre le train-train ronronnant des êtres qui aiment la météo, les plats tout prêts, l'imposition en frais réels ? »

 

Je voudrais donc rappeler qu'envers et contre tout ce qu'il n'a pas, la seule chose que l'artiste a en propre, c'est son égo. Ce qui lui permet de persévérer, de ne pas s'effondrer ou de se relever s'il tombe, de cultiver son jardin secret, d'être l'original qui réveillera vos nuits, vous fera rêver, déplacera le monde à votre place, vous fera vibrer, pleurer, penser et rire.

 

Son égo qui lui permettra de survivre au fait d'être un original, un incompris, la carapace douce qui évitera à sa sensibilité d'être transpercée, écrasée, éclatée, torturée à chaque fois qu'il devra faire face au monde, affirmer qu'il a choisi un chemin différent et qu'il l'assume.

 

Finalement s'il arrive à la gloire modique d'être reconnu, et peut-être, enfin, Saint Graal, de vivre de sa plume, comme un Levy, un Musso, ou un Schmitt,

 

Alors, il fera pousser une humilité de bon aloi et prétendra au repos.

 

Mais pour tous ceux qui n'y sont pas et dévorent du chiendent,

 

à ceux qui leur diront :

Vas te payer une humilité, va-nu-pied!

 Hé bien je répondrai : ils n'ont pas les moyens.

 

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27 janvier 2013

Mon Prochain Gros Truc (d'après une initiative de Nicolas B. Wulf)

Mon prochain gros truc est l’adaptation française de the next big thing, une chaîne où les auteurs exposent leur prochain projet avant de désigner d’autres auteurs qui font de même ensuite sur leurs blogs respectifs. Fabien Lyraud a décidé de traduire les questions et de l’importer en France (et c’est la présentation qu’il en fait que je recopie dans ce paragraphe). D’autant plus que contrairement au marché anglo saxon qui est saturé et où les éditeurs ont le soutien des agents pour trouver les bons auteurs, en France un auteur qui présente son projet actuel peut titiller les éditeurs. Que vous soyez nouvelliste, romanciers ou anthologiste c’est un assez bon moyen de promo.

C’est Nicolas B. Wulf qui m’a tagguée. Il parle de son prochain gros truc ici : (http://nbwulf.wordpress.com/2013/01/27/mon-prochain-gros-truc-projet-ldvelh-jour-2/), et je vais me plier à l’exercice avec un grand plaisir !

Pour poursuivre la chaîne, je désigne, s’ils le veulent bien :

Eric Lequien Esposti

http://eric-lequien-esposti.com/

Antoine Sénanque

http://antoine-senanque.com

Océanerosemarie

http://www.lalesbienneinvisible.com

Marcel Sel

blog.marcelsel.com

Delphine de Malherbe

http://www.delphinedemalherbe.net

Isabelle Aeschlimann

http://www.isabelleaeschlimann.ch/livre.html

Frédérique Deghelt

http://www.frederiquedeghelt.com

 

  1. 1.       Quel est le titre de votre prochain texte ?

Le titre a priori sera « Incarnation », mais je suis généralement nulle en titre. Les éditeurs sont bien plus forts pour ça, donc s’il faut le pendre haut et court pour faire un truc du style « La fille qui avait plusieurs vies et qui meurt (peut-être) à la fin » Je m’adapterai.

  1. 2.       D’où vous vient l’idée principale ?

Depuis que je suis toute gosse, et un peu comme tout le monde, j’imagine, je me pose la question « et si j’étais lui ? / elle ? ». J’invente qu’au lieu d’être assise dans le bus, je suis la personne qui lit le journal sur le banc de l’autre côté de la rue, ou celle qui traverse le passage piéton … Imaginons une seconde que réellement, j’aie traversé la vitre embuée pour expérimenter cette silhouette voûtée qui boitille sous la pluie ?

  1. 3.       A quel genre appartient-il ?

A priori au genre Fantastique. Mais un fantastique réaliste, ancré dans quelque chose de quotidien, qui bascule pour le personnage principal et lui seul, lentement, dangereusement.

  1. 4.       Si votre texte était adapté au cinéma, quels acteurs verriez-vous  dans les rôles principaux ?

Dur ! Dur ! Sur mon précédent livre (à paraître, titre à réinventer, initialement baptisé Autobiodégradable) c’était l’évidence. A la réalisation, Edgard Wright, et des acteurs dans la mouvance de Simon Pegg et Nick Frost. Mais pour Incarnation… c’est un livre-pas-drôle de facture classique. Il faudrait donc une actrice sérieuse un peu inquiétante qui ait entre 20 et 25 ans ! (large palette de possibilités) et un réalisateur qui sache rythmer le côté « noir » à l’américaine. Pascal Laugier ? (Mais M. Laugier est un dieu du montage à suspens, je crains de ne pas avoir encore un tel niveau de maîtrise dans la composition !)

  1. 5.       Quel est le synopsis du texte en une phrase ?

Juliette est une enfant victime des railleries et de l’isolement, jusqu’au jour où, acculée, elle découvre qu’elle est capable de prendre possession du corps des autres.  (GODFERDÖM ! UNE PHRASE C’EST COURT !)

  1. 6.       Allez-vous être publié par un éditeur ou en auto édition ?

L’auteur rêve toujours de trouver un éditeur évidemment ! Personnellement, mon éditeur de cœur est Numeriklivres. Je suis coatchée par l’équipe de choc : Anita Berchenko et mon mentor, le Demi-Dieu Jean François Gayrard. ;)  Jusqu’à aujourd’hui, ils ont accepté tous mes textes. Celui-ci est plus particulier, je fais l’essai d’une autre écriture (encore) je fais le pari de lâcher la technique, en découvrant au fil de mon travail où cela me mène. Je leur fais entièrement confiance, ils seront les juges, au final. S’ils déclinent la publication, je n’envisage pas de partir sur de l’auto édition. C’est un travail différent pour lequel je n’ai aucune motivation. En plus, si l’éditeur conclut que c’est mauvais, je ne verrai à priori pas le sens d’insister en remuant les bras dans tous les sens. J’écrirai plutôt le prochain bon texte en tirant les leçons!

  1. 7.       Combien de temps avez-vous mis pour produire votre premier jet ?

Il est très loin d’être achevé ! Suivant la méthode choisie, je suis très rapide à écrire. En fait… je suis toujours très rapide pour écrire. En théorie si j’avais la possibilité d’être écrivain à temps plein, en l’espace de deux  ou trois mois, j’aurais le livre achevé. Pour l'instant je suis en incapacité totale, et incapable d'écrire. Mais le premier jet n’est pas la principale partie du travail. La relecture, la correction, le déplacement des blocs, le polissage de la structure l’élimination du mauvais me prend deux fois plus de temps.

  1. 8.       A quel autre livre pouvez-vous le comparer ?

Comparer, c’est mauvais ! Je cherche quelque chose que l’on ne compare pas ! Pourtant, sur celui-ci je cherche le rythme et la fluidité qu’on peut trouver chez des auteurs américains comme S. King. J’ai été pliée à la « littérature Française universitaire » qui est à l’opposé. Gagner ce naturel pour délaisser les phrases complexes et le vocabulaire soutenu est un petit défi personnel.

J’avais pensé à Carrie de King au départ, mais je l’ai lu. Finalement, le mien n’a pas grand-chose à voir..

  1. 9.       Qui ou quoi a inspiré l’écriture de votre livre ?

Je reviens sans arrêt sur cette idée depuis toute petite. J’ai lu Henri Michaux, l’un de mes dieux poétiques, quand j’avais 19  ans, et le premier paragraphe est né :

« Qui es-tu ?

Parfois, quand je regarde une orange, subitement, je suis cette orange.

Je me transforme en quartiers, en pulpe, en chair grumeleuse, et lorsque qu’on arrache la peau avec les dents, c’est moi qui suis à vif, qui expose mes entrailles juteuses dans un craquement sanglant.

Depuis toute petite, si je le désire, je me pose sur l’assiette en faïence impassible, prête à être écorchée vive. »

(Evidemment, comme je ne suis pas Marc Levy, je vais éviter les incarnations à base de bisounours et d’arcs-en-ciel)

  1. 10.   Que pourriez-vous dire pour piquer l’intérêt de votre public ?

Qu’arriverait-il si vous pouviez toucher du doigt la réalité de l’autre ? Expérimenter l’autre corps, l’autre esprit ? Pensez-vous que vous trouveriez le bonheur ? Où iriez-vous le chercher ? Pourriez-vous revenir en arrière ? Qu’adviendrait-il de votre corps, de votre esprit ?

 

 

 

16 janvier 2013

VOUS CONFONDEZ ÊTRE CONTRE LE MARIAGE POUR TOUS ET HOMOPHOBIE ! (ou pas)

Tel est le tweet impénétrable reçu hier soir, de la part du mystérieux

« Boudou@mousquetaire2

@CCharpot vous confondez être contre le mariage pour tous et homophobie. »

 

Je ne me suis pas encore fendue d’un article sur le sujet, préférant lire avec délectation ceux des esprits affutés et philosophes qui le font mieux que moi :

M. Desmet :

http://francoisdesmet.wordpress.com/2013/01/15/la-nature-nest-du-cote-de-personne/
Mme Badinter :
http://www.youtube.com/watch?v=1zSqqrSofWA
Notre blogueur de charme, M. Sel
http://blog.marcelsel.com/archive/2013/01/13/moi-le-depute-et-les-pedes.html
Ajoutons pour qu’il ne semble pas y avoir une majorité de Belges, Virginie Despentes :
http://www.tetu.com/actualites/france/virginie-despentes-repond-a-lionel-jospin-et-aux-anti-mariage-pour-tous-22503
Mais au milieu de cette féérie permanente de cotillons argumentatifs joyeux, si on me questionne directement sur Twitter, comment résister ?
De surcroît, cette remarque : « Je ne suis pas homophobe ! » Est une des plus entendues depuis le début du débat. Un genre de bouclier magique. Pas de méprise ! Je suis quelqu’un d’ouvert d’esprit quand même ! Exemple :
http://manifpashomophobemais.tumblr.com/
Je pense même que la sortir et la ressortir jusqu’à la corde à tout bout de champ doit-être l’un des mots d’ordre des organisateurs, sinon je ne me l’explique pas. La position des « anti » pour être légitimée doit être nimbée de respectabilité intellectuelle. Il devrait sans doute sembler très rassurant aux homosexuels d’être privés de droits par des gens qui les aiment beaucoup.
Je me questionne néanmoins. Aujourd’hui, pourrait-on se balader tranquillement et crier à tue-tête « Je suis contre le mariage pour les Juifs ! Mais je ne suis pas antisémite, vous savez ! », ou « Je suis contre la reproduction entre les noirs ! Mais je ne suis pas raciste, vous savez ! ». Je ne parviens pas comprendre comment les « anti » concilient dans leur esprit le fait de dire à un autre être humain qu’il lui dénie une série de droits et celui de lui taper sur l’épaule amicalement. Le délicieux argument « je ne suis pas homophobe, j’ai un ami pédé » me délecte lui aussi. Transposition : « - Les étrangers, ils devraient rentrer chez eux. - Tu es raciste, et pourtant, on adore Mouloud. - Ha ! Non ! Mais Mouloud, c’est pas pareil, lui on le connaît ! ». On peut donc être ravi de n’être pas homophobe, d’avoir un frère, une sœur, un enfant homosexuel, et manifester dans le même temps contre l’égalité de leurs droits.
J’en déduis que les personnes qui ne sont pas homophobes n’ont pas peur de ce qu’ils connaissent, mais d’une masse sombre, protéiforme, décadente, qui pourrait bien faire certaines choses innommables habillée en résilles, latex et string léopard, mais que grands dieux ! Notre ami pédé lui ne ferait pas, on le connaît. D’ailleurs on lui confie nos enfants.  
Cette masse floue et dangereuse n’écrirait pas sur les pancartes des messages à base du mot « égalité » :
http://www.affichespourtous.fr/
Mais des slogans inconscients qui justifieraient toutes les craintes des antis mariage pour tous : « Nous voulons des gamètes ! » « Droit aux ovaires pour tous ! » « Nous voulons dépeupler la planète ! » (Il est intéressant cet argument. On leur refuse de la peupler, puis on les accuse de vouloir la dépeupler) « Mort aux enfants ! » « Nous voulons faire disparaitre la race humaine ! » « Nous voulons détruire le mariage ! »  
Jusqu’à preuve du contraire… je n’en ai jamais vu de tels.
J’admire aussi la toute-puissance conférée aux homosexuels régulièrement. Outre le pouvoir de déclencher à intervalles réguliers tsunamis et tremblements de terre variés, ils ont celui de tenir entre leurs mains l’avenir de la nation, de l’espèce, de l’humanité entière.
A se demander pourquoi ces idiots là en sont encore à ne rien faire de plus que de manifester dans la rue avec des pancartes en carton. Je pense qu’ils devraient mettre leur plan en action le plus rapidement possible pour démontrer qu’au vu de leurs pouvoirs cosmiques phénoménaux, une petite manif de rien du tout à base de t-shirts rose bonbon, vraiment, ça ne leur fait pas peur.
C’est la raison pour laquelle je tiens à rassurer ici et maintenant M. Boudou@mousquetaire2  ainsi que tous les partisans non homophobes du non mariage pour tous.
Vous confondez être pour le mariage pour tous, vouloir des enfants, souhaiter l’égalité des droits, et être homosexuel. Je pense même qu’il n’y aura pas un seul homosexuel dans le prochain cortège. Non. En tout cas pas de ceux dont vous avez peur. Eux seront trop occupés à tenter d’inverser le sens de rotation de la planète pour propulser tout le monde sur mars en partant d’un grand rire machiavélique devant leur écran de télévision : MOUAHAHAHAHAHA.   

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12 décembre 2012

L’histoire de L’Entre-Temps, la genèse du livre.

Souvent je m’interroge (et on m’interroge) sur ce qui a suscité une œuvre, un passage, un trait génial dans tel ou tel livre. J’adore parcourir en annexe les petits cailloux blancs qu’ont bien voulu nous laisser les auteurs, Eric Emmanuel Schmitt dans La Part de l’autre, explique la façon dont il prenait jusqu’à la démarche d’Hitler à quel point il voulait achever le texte pour ne plus subir les assauts de son abominable personnage, Stephen King s’adresse toujours amicalement à ses lecteurs, comme s’il posait une main sur leur épaule. Cela a le mérite de rendre les choses tangibles, de sortir toute cette littérature de la gangue éthérée d’idéalisme dont on les nimbes souvent, du supposé « Génie » de l’artiste touché par les Muses.

Alors voilà cher lecteur, si tu as lu L’Entre-Temps ou si tu te demandes d’où il sort avant d’y jeter un œil curieux, en voici la genèse.

Un jour, j’ai rencontré l’amie d’une amie (d’une amie, d’une amie….) à qui elle avait raconté cette bien étrange histoire : alors qu’elle pratiquait le Reiki en vue d’obtenir un degré supérieur (cette discipline permet sans toucher les gens ou par simple apposition des mains, de les « libérer », de les « soulager » de leurs maux… l’explication reste toujours pour le moins fumeuse. On y croit on n’y croit pas… à la rigueur, le doute m’habite, mais les médecines alternatives m’intriguent depuis plusieurs années) le « maître » lui proposa de tenter une expérience de régression. (Oui, je sais, je sais, nous nous enfonçons dans le délire, au pire, me dis-je - cela ferait un point de départ intéressant pour une histoire fantastique !) qu’elle accepte sans trop y croire. Manque de bol… l’expérience incroyable fonctionna. (Esprits cartésiens s’abstenir, je n’en suis pas à me demander si nous racontons n’importe quoi, j’en suis à écouter attentivement un récit passionnant.) En un clin d’œil, elle était une autre, à une autre époque, dans un lieu inconnu, religieuse, chargée de la mission de rapporter les effets d’un soldat mort au combat, à sa famille.

Cette amie (qui aujourd’hui l’est véritablement devenue, 10 mois d’écriture à se croiser pour en apprendre plus, questionner les détails, effectuer les recherches, cela crée des liens !) racontait son aventure en Bretagne avec les larmes aux yeux, son abandon, son enfance chez les nonnes, sa faute avec un homme et son renvoi consécutif du couvent où elle avait grandi, ainsi que son retour aux sources. L’histoire invraisemblable avait à la fois tous les traits d’une aventure trop complexe et précise pour avoir été inventée. Elle acheva son exposé en concluant : « J’ai toujours rêvé d’écrire cette histoire si belle, un jour… mais je n’en ai pas le talent ». Qu’à cela ne tienne, je suis en plein milieu d’un livre qui n’a rien à voir, mais j’abandonne pour me consacrer à ce récit. L’histoire est touchante, à l’écouter on pleurerait presque, l’idée de la régression liée à celle de la réincarnation est intrigante et offre de multiples possibilités.

Et je me lance. Le récit initial était relativement précis, la Bretagne était le cadre indubitable, quelques recherches sur l’histoire de la tour d’abandon me permirent de placer une date sur l’événement inaugural. La relecture assidue des classiques du 18e permit de trouver le « ton » et de m’approprier un « style » spécifique pour dresser le tableau de la vie au couvent, et de l’ambiance maritime. Un peu d’imagination me permit de combler les lacunes des souvenirs dont je disposais pour faire du récit un objet en soi, achevé, avec un début et une fin.

Néanmoins, je n’avais qu’une histoire, (qui certes aurait suffi à faire un livre à elle seule), mais mon intérêt était d’explorer les possibilités du voyage dans le temps. De quels clichés disposons-nous concernant ce type d’expérience ? Généralement tout le monde se réincarne en Egypte. Mon amie ne faisait pas exception à la règle. Mon second point d’ancrage était tout trouvé, avec les pelletées de livres d’histoire concernant cette période. Enfin, le dernier volet de l’histoire se déroule en Angleterre Victorienne. Elle n’avait de cela que le souvenir d’être une prostituée et de se faire étrangler. Jack l’Eventreur, tout le monde adore, non ? Le cadre du dernier récit était tout trouvé, avec cette coïncidence de mettre en regard la vie d’un seul et même personnage capable de débuter dans un couvent et de poursuivre dans un bordel. Parabole intéressante !

J’avais le cadre de chaque aventure, un style bien précis (relire Dickens pour crayonner Londres) pour chaque volet, et une infinité de possibilités concernant la réapparition des personnages, les croisements et amélioration de leurs différents avatars.

Quel personnage est quel personnage ? Les personnages sont-ils toujours « uns » ou pouvons-nous retrouver à travers différentes époques des traces éparses des uns et des autres dans les uns et les autres ? Tant de questions que posait (et pose encore) le projet. La conception de la réincarnation varie énormément d’une civilisation à l’autre s’il est plus ou moins admis dans 100% des religions qu’elle est effective. (Exemple Jésus mon ami est revenu sous une forme différente, Bouddha a 156 avatars, en Inde, on va jusqu’à prévoir, où, quand et sous quelle forme une réincarnation aura lieu…etc.)

L’idée du livre était née.

Si vous souhaitez en savoir plus… je vous laisse plonger dans l’aventure avec autant de bonheur que possible !  

Charlotte Charpot



Fin »