Tempête sous un crâne est un film dont la sortie est programmée le 24 octobre 2012 en salles.

http://www.zed.fr/tempete/

Le studio K, agence spécialisée dans le cinéma a eu la gentillesse de m’envoyer le DVD pour le visualiser en avant-première. J’aurais pu refuser, hurler, en craignant un nouveau film sur l’école qui baigne dans un sirop d’érable de bons sentiments grumeleux, ou au contraire un autre qui cherche à montrer la « violence » en la justifiant avec une empathie délirante ou une mise en scène irréaliste dans laquelle le prof est débordé MAIS parvient subitement à créer le silence total pour balancer une bonne petite phrase de philo qui anime les élèves d’un enthousiasme inassouvi pendant le reste de l’année.

Mais j’ai dit oui.

Grosse veinarde que je suis, j’ai quitté le métier, je suis écrivain Ouéééééééé !!!!!! Super récré, Je peux regarder des films sur les profs !

Alors, le « pitch » : Au collège Joséphine Baker de Saint-Ouen, en Seine-Saint- Denis, Alice et Isabelle enseignent à la même classe tour à tour agitée, timide, joyeuse, turbulente, mélancolique et vivante : la Quatrième C. La première est professeure de lettres, la seconde d’arts plastiques." Tempête sous un crâne" nous plonge le temps d’une année scolaire au cœur de ce collège tenu par une équipe énergique et soudée, dans ses couloirs et dans ses classes où les deux professeures sont bien déterminées à transmettre à leurs élèves les moyens de s’exprimer.

La réalisatrice Clara Bouffartigue prend le parti d’un documentaire pur et dur qu’elle définit comme un film qui ne parle ni des profs ni des élèves, mais de « l’acte d’enseigner, de transmettre ». 

Le défi est intéressant en ce sens qu’il permet une objectivité de la caméra (amusez-vous à rester invisible dans une salle de classe de 20m² en créant des prises de vue originales sans perturber les élèves, vous!) une simplicité, une adaptation de celui qui filme à ce qu’il filme et pas l’inverse. On se retrouve donc en situation « réelle », ça se passe comme ça, très exactement.

Ayant été prof, je me demande de quelle manière un public « lambda » de non « profs » peut ressentir ce film. Ni cliché, ni caricature, juste deux profs, deux femmes, qui enseignent au quotidien. Ce qui crée l’intérêt de la démarche en fait néanmoins aussi sa limite à mes yeux. Je salue le courage des deux collègues qui se sont prêtées au jeu (merci mes(dames)demoiselles !) le courage de la réalisatrice qui a dû parcourir un indéniable chemin de croix pour obtenir les 1001 autorisations requises pour porter ce type de projet à l’écran, mais j’ai pourtant eu le sentiment de rester extérieure.

Sans scénarisation, peu d’attachement. Des soucis de prise de son inévitables, et une question : qui sont ces élèves ? On les sens en difficulté, mais de loin. Pareil pour l’équipe éducative, les problèmes sont survolés effleurés, croqués rapidement sans aucun approfondissement. Les deux enseignantes sont touchantes, pugnaces, pertinentes, mais en filigrane. On vole un regard dans le vague à travers une vitre, un tableau qu’on essuie, un bricolage qu’on fignole. Qui sont-elles ? On assiste à quelques scènes graves, dans lesquelles d'autres enseignants, toujours justes, s’adressent à des enfants mutiques, en difficulté évidente, mais… quelle difficulté ?

De leur quotidien dans la cité, on ne dit rien, pas plus que du deal, de la pauvreté, de la misère sociale, culturelle, affective, géographique, du déracinement, de la violence, de la prison, de la misère. Un courant sous-jacent passe, avec peut-être trop de délicatesse pour impacter émotionnellement. Aller plus loin était certainement impossible sur le plan pratique, sans outrepasser les frontières de l’intime.

Globalement je salue le projet qui n’est pas dénué d’intérêt, ni de sens sur le fond; sur la forme d’inévitables limites diminueront sans doute l’impact général de Tempête sous un crâne.

... Mais,peut-on sur ce thème, réunir les éléments d’un film juste et fort à tout point de vue ?