Bonjour chers tous !

 

Je lis de loin en loin ce qu’on cherche pour tomber sur ma page et je m’amuse lorsqu’on aboutit chez moi en tapant « Anglais-Prof-lesbienne-porno ». On tape aussi très souvent « combien gagne Charlotte Charpot ? ». Alors je vais répondre : que dalle.

Hé oui !

Si la reconversion a du bon en ce sens que je vais parfaitement BIEN, que je ne déprime pas, que je prends le temps de progresser dans mon sport favori – l’apnée et la monopalme – j’ai aussi fait un choix difficile. Après ma démission, avec en poche un Master de littérature moderne et comparée – joie ! – ayant abandonné par principe une thèse au bout de trois ans et demi – youpi ! – j’ai vérifié que comme chacun sait, sur le marché du travail, je ne valais absolument…. Rien. Sans compter qu’habitant dans un pays bilingue mes parents ne m’ayant jamais pris sur leurs genoux pour me dire gravement : « Charlotte, dans la vie, il faut savoir parler Néerlandais pour aller loin », ne m’exprimant donc pas dans la langue de (attendez, je cherche le nom d’un auteur néerlandais, je me rends compte que j’en connais aucun ! Honte ! Honte ! Très grande honte !) Vondel  dit google -, je vaux si possible, moins encore dans la jungle urbaine du travail.   

Bref,  dans une telle situation, on ne réfléchit pas, on vise le court terme, on fait n’importe quoi (et on devient n’importe qui- ainsi fut fait- ça va vite- essayez, vous verrez).  

Mon raisonnement dans le but de parer au plus pressé a donc été de m’orienter vers des boulots alimentaires, accessibles, et surtout, avec une forte demande : finance - assurance. Oui, je sais. Moi aussi, depuis, j’ai du travail, je suis capable de détailler les garanties d’une assurance incendie ou responsabilité civile comme personne en pleurant des larmes de sang. D’ailleurs, rien qu’à taper ça, je me suis collé une écharde dans le doigt. Evidemment, ce qui devait se produire se produisit rapidement… et tout ceci me conduisit en mars dernier, après maints rebondissements, avec l’appui de ma famille, à concrétiser un choix décisif pour faire ce qui m’habite : écrire. Je bosse donc à mi-temps le matin, et j’écris depuis 12 mois maintenant, l’après midi. J’ai une chance hors du commun, c’est passionnant.

Pendant ce temps, j’observe le monde, je suis atterrée par ce qui se passe dans l’éducation nationale, mes amis me confortent dans mes positions jour après jour. Comme tout le monde, j’ai su que l’épouse de M. Chatel avait disparu, j’ai résisté aux sirènes de l’humour de mauvais goût, mais pourtant… Monsieur Chatel, comme vous êtes représentatif du mal du siècle ! Je regarde des séries stupides le soir avant d’aller me coucher, je constate qu’un sujet est récurrent :

Dans Desperate Housewives saison je-ne-sais-plus-combien-mais-on-s’en-fout, l’un des personnages principaux - qui est prof - fait du ménage fripon en soubrette turpide devant sa webcam pour arrondir ses fins de mois, dans Hung, le personnage principal qui est prof devient … gigolo, dans Breaking Bad, le prof de physique chimie, devient… dealer…. Et ainsi de suite. Le sujet de l’enseignant légendairement bien-sous-tout-rapport qui est contraint et forcé de faire n’importe quoi pour gagner sa croûte est devenu universel. Ce n’est pas comme si parmi mes collègues, je comptais ceux qui agissent de manière identique pour financer leur crédit hypothécaire.

Pas de hasard donc… je m’amuse de voir que ce qui est tracé dans mon bouquin se réalise vitesse grand V. Au bout de 3 ans, 50% du trajet est déjà parcouru, d’ici deux ans, le livre est obsolète, et un autre prend la relève – si ce n’est déjà fait – on me souffle que si.

A la veille des présidentielles-le-retour-du-pareil-au-même, comme tout le monde … c’est compliqué. On me rebalance un éternel dilemme gauche droite qui appartient, j’ai l’impression, à la génération de mes parents et me concerne de moins en moins… Je repense à ma phrase fétiche de mon auteur fétiche « S’en sortir sans sortir »… et baaaaah, j’irai voter dans trois jours, certes. Et on reproduira le balancier, au lieu de créer quelque chose de nouveau.

Au milieu de ces débats essentiels, il y a de cela quelques jours, à peine, j’ai enfin achevé d’écrire mon premier roman. Humblement, péniblement, avec passion, une passion grandissante pour tout dire. Aujourd’hui qu’il est achevé, je l’adore. Ce n’est pas un livre polémique, ni engagé, ni quoi que ce soit. C’est un simple roman, avec des ailes, qui fait penser qu’autre chose est possible, le rêve, l’envol, l’imaginaire.

Pour ceux que le monde de l’édition intéresse, et qui peut-être prendraient appui sur ce blog pour s’orienter, sachez que j’ai envoyé mon manuscrit par la poste, sans aucune recommandation, comme je l’ai fait pour le premier (petite histoire, la veille du jour où l’éditeur m’a contactée pour « Madame, vous êtes une prof de merde », j’avais décidé de le mettre gratuitement en ligne après une vingtaine de refus successifs. Dans le fond il m’importait plus de le rendre accessible que de le voir publié)

J’ai une donc une chance sur 1000 d’être repérée et peut-être ? Éditée. Je me suis donné deux ans pour revoir mes ambitions à la baisse et chercher un boulot non mortifère à temps plein si je me rate…. Ce qui signifie qu’il me reste… douze mois. Douze mois à serrer la ceinture, à mettre la vie entre parenthèses, à demander de l’aide à ceux qui m’aiment et qui y croient. Si ceux qui lisent ceci avaient une petite pensée pour moi, cela me mettrait du baume au cœur, et de l’espoir dans l’escarcelle !

-          Sur ce ! Je vous laisse ! Dans une demi heure : il ya débat !!! ;) -

Charlotte Charpot.