Aujourd’hui à Beziers, l’horreur. Une enseignante s’immole par le feu vers 10 H, en pleine cours de récré. En dix minutes les réseaux sociaux s’affolent, Luc Chatel qui nous jouait ce matin bienvenue  Gattaca en annonçant qu’il allait introduire des tests de compétence dans les maternelles pour se préparer aux challenges du monde de demain est oublié. Facebook, Twitter, quelques heures plus tard, on m’appelle. Europe1 souhaite une interview pour maintenant, tout de suite. C’est bien connu, dans les médias, il faut toujours réagir à chaud. Ils sont drôles les médias. A chaud, ça ne signifie pas lorsque 54% du corps enseignant se met en grève comme la semaine dernière, et qu’une fois de plus chers concitoyens, on nous sert qu’il vaut mieux écouter les 46% qui se portent bien et qui n’ont rien à dire. A chaud ça ne signifie pas non plus entendre Luc Chatel ironiser avant cet événement sur Europe 1 justement «  Haa, lala, une grève de profs, ça n’a rien d’original ! », nooooon.

A chaud, ça signifie s’immoler par le feu. Créer le spectacle, l’événement voyeuriste, ça signifie entrer dans l’arène, faire « original ».

Alors je réponds aux questions, je sais ce qu’elles vont être. « Qu’avez-vous ressenti ? De la rage ? Ha bon ! Et ça vous rappelle des souvenirs ? Oui ? Douloureux ? Haaaa, racontez-nous, ho, lala, mais c’est affreux tout de même, vraiment vraiment ! »

Je ne blâme pas, si je sors des statistiques, des chiffres, si je philosophe, si j’explique, si je pourchasse le journaliste à coup de « réduction des effectifs, vie scolaire décimée, heures supplémentaires, plus de formation, pénurie, hiérarchie absente ou pressurisée, gouvernement lâche, et BUDGET »  c’est foutu. Foutufoutu. Ni émouvant, ni triste, ni choquant, enfin, choquant, … faut-il en ajouter ?

La dernière  question tombe : « Et que voudriez-vous dire au gouvernement, qu’attendez-vous ? » Impossible de répondre : « Mais voyons ? Que puis-je attendre ? Qui suis-je ? Je suis parfaitement désarmée et impuissante, parce qu’on m’a volé mon droit de prendre la parole depuis des années ! »

Non. Je réponds. Je réponds que je voudrais être entendue. Que n’ai-je eu la présence d’esprit de répondre « Je voudrais ne pas être obligée de brûler vive pour qu’on m’entende ! ».