Et bientôt à la télé : des débats !

Le débat ce n’est pas comme les trois minutes cinquante que j’ai eu jusque là aux différents JT du PAF. En trois minutes, je ne réponds qu’à des questions de surface aussi pertinentes que lorsque mamie Jeannine pense que quand on joue au foot sur la PS2, c’est un vrai match, et qui croit dur comme fer à un complot universel lorsqu’on dément, parce que les petites ombres sous les joueurs sont si réelles.

 

Non. Un débat ça dure longtemps. Il faut être malin. Qui dit deux fois plus de temps, dit deux fois plus de temps pour sortir une connerie avec le langage le plus vert qu’on ait mis à ma disposition depuis que je l’étudie avec ferveur dans les cités. Un débat c’est avoir de l’humour, de la répartie, et un poil d’intelligence. Bien. Etre dôle à l’insu de mon plein gré j’ai l’habitude, être intelligente à mon insu un peu moins… mais ça m’arrive, et il faudrait que je bosse le reste. De façon à ne pas trop m’offrir à un ridicule intergalactique qui traversera Youtube pour des décennies, et se retrouvera dans les prochains films futuristes dans lesquels on voit des humains récupérer la bande passante d’il y a des siècles et réécouter hilares la voix des andouilles du temps passé.

 

J’ai donc élaboré un projet tout à fait à la hauteur de mes ambitions ces dernières heures, et j’ai scrupuleusement parcouru Internet à la recherche de tout ce qui se dit sur mon compte, celui des profs, et de toutes les perles d’intelligence auxquelles fatalement à un moment ou à un autre ,j’aurai à faire face ces prochaines heures à la télé. La télé c’est bien mangez-en.

J’ai pu extraire quelques constantes dans ces petites phrases assassines, rigolotes, ou blessantes. Je vais donc en exposer un florilège, et au lieu d’aller répondre au coup par coup, regrouper chaque remarque et tisser telle Arachné une fresque aux fils chatoyants, qui, vous le verrez illuminera vos yeux de bonheur.

 

 

Première remarque : « Vous n’étiez pas faite pour faire ça »

Réponse : « Je pense (c’est drôle de s’interviewer soi-même je vous recommande) que plein de gens n’étaient pas faits pour la télécommunication. Par ailleurs, de nombreuses personnes ne sont pas faites pour être producteurs de lait, et d’autres encore, devraient s’abstenir d’aller à l’école. Parce que, voyez-vous, si on s’arrête de faire quelque chose d’absurde dans la vie, quoiqu’il en soit, c’est qu’on n’était pas fait pour le faire. D’ailleurs Tata Jeannine ne joue pas au foot. Il est démontré que les choses ne peuvent être autrement. Ainsi, il est démontré que les nez ont été faits pour porter des lunettes, ainsi, avons-nous des lunettes, les jambes sont visiblement instituées pour être chaussées, et nous avons des chausses…. Comment ça je m’égare ??? Tout est au mieux en tout état de cause, et certes, je devais être faite pour autre chose. Rien par exemple. »  (penser à raccourcir subtilement cette réponse à la télé)

Option bis : « C’est vrai je n’étais pas faite pour ça, j’étais faite pour enseigner »  

 

Seconde remarque : « Le prof martyr, c’est à la mode »

Réponse : « Justement, il semblerait que le suicide aussi, dans la société actuelle. Dans les prisons, chez les ados, les profs, les agriculteurs, les managers, et les flics. Qu’est-ce qu’on rigole !!! » (Devrais-je ajouter les traders, les gens ruinés, les sans papiers, et les autres ?)

 

Troisième remarque : « Les profs, c’est tous des socialistes, et c’est la faute aux socialistes, tout ce qui leur arrive. Ils ont ce qu’ils méritent. »

Réponse : « Cher toi. Pour mémoire, en France, la droite est au pouvoir depuis 14 ans et a les pleins pouvoirs depuis 7 ans. Par ailleurs, je souligne que sur la toile, je suis d’extrême droite, islamiste, et pourquoi pas aussi nationaliste, trotskyste, de droite de gauche et du milieu. Pour ma part, je refuse de m’engager sur ce terrain. Quand quelqu’un se vide de son sang à terre, le toubib qui va venir le secourir n’est ni de droite, ni de gauche. Il y a un problème vital, et il faut le régler avec intelligence. Quand on aura compris que de gauche comme de droite il y a des choses stupides à faire et d’autres qui le sont moins, le monde ira bien mieux. »

 

Quatrième remarque : « Les enseignants sont des immobilistes. »

Réponse : « Je vous aime. Je suis d’accord avec vous. J’en veux pour preuve qu’aucun prof de ma connaissance ne se plaint, et que, si contents de leur sort, il ne leur viendrait jamais à l’idée de dire que l’on pourrait changer quelque chose. C’est pour cette raison que comme je l’indique dans mon livre, nous rayonnons tous de bonheur dans une situation qui nous tient à ce point à cœur qu’il n’y faut rien toucher. Amen. »

 

Cinquième remarque : « Vous avez été élevée dans un monde de « bobos » avec une petite cuiller en argent dans la bouche. Normal que le choc ait été violent. »

Réponse : « Evidemment. C’est d’ailleurs pour cette raison que je déplore qu’on ne mange pas avec des couverts en argent à la cantine. Vraiment. D’ailleurs tous les élèves nés dans la cité adorent y vivre, c’est bien connu. On s’y chauffe avec des braseros allumés à l’improviste dans les voitures pour faire convivial et exprimer son amour du béton armé en collectivité, on fait des économies parce que lorsqu’il faut monter les 22 étages du HLM, on n’a plus besoin de faire du step en salle de fitness, on est heureux d’économiser sur le temps de présence à l’école, parce que si on a eu le malheur de prendre l’ascenseur et d’y rester coincé deux heures parce qu’il est pourri, on prend du bon temps, et surtout on cultive une forme olympique en cherchant à échapper à l’amour indéfectible des bandes organisées, surtout lorsqu’on est une fille. Non. Vraiment, je pense qu’on s’y sent bien, avec toute cette verdure environnante. C’est donc pour ça, que moi, issue d’un milieu bourgeois j’ai été la seule à manifester l’impossibilité radicale de s’y sentir bien, et que j’ai eu un choc. »

 

Sixième remarque : « Il faut dissoudre/ dégraisser le mammouth. »  

Réponse : « C’est vrai. La gazelle, on la bouffe encore plus vite. C’est quoi dissoudre ? Moins de profs ? Moins de moyens ? En effet, moins y en a mieux on se porte.» «  Et pour quoi faire ? »

 

Septième remarque : « C’est la faute aux immigrés (tous voire de préférence les musulmans) »

Réponse : «  Oui. C’est d’ailleurs incompréhensible. On leur a donné toutes leurs chances, on fait en sorte qu’il n’y ait qu’eux dans les cités pour qu’ils se sentent si bien, juste entre eux. On a fait survivre les infrastructures aussi, d’ailleurs, il y en à plein par là- bas. On dénombre au moins un terrain vague.» 

 

Huitème remarque : « Il n’y a plus de retour possible »

Réponse : «  C’est vrai. L’esclavage existe toujours…. Ha non ? Ha zut, on a avancé ? Heu… Ha ! La discrimination existe toujours, entre les noirs et les blancs…. Ha ?? Non ? Obama ??? Est au pouvoir ? Il est… ? NOIR ??? Zut…encore raté. Heu, et si nous nous disions que si on ne veut pas y parvenir c’est qu’on a postulé dès le départ que c’était impossible ? »

 

Neuvième remarque : « C’est la faute aux parents » 

«  C’est un domaine sur lequel il est dangereux de généraliser par excellence. J’ai connu des parents qui malgré leur niveau de culture très bas suivaient du mieux qu’ils le pouvaient leurs enfants, qui faisaient l’effort de prendre un jour de congé pour voir l’enseignant, avec des résultats très variables. Certains enfants plient, d’autres sont infernaux. A l’inverse certains parents absents ont des enfants qui s’accrochent à l’école.

Par ailleurs, quand certains parents font tout ce qu’ils peuvent pour subvenir aux besoins élémentaires de leurs enfants en bossant 14H par jour, comment veut-on qu’ils se plient à la conception bien-pensante de la parentalité attentive et disponible ? Ils font ce qu’ils peuvent.

Enfin, que peut-on objecter aux gosses qui disent: « J’ai un grand frère qui a réussi sa scolarité et qui est au chômage » et concluent « Moi je ne fais rien ». Les diplômes protègent un peu de la situation actuelle. Mais ce n’est pas la seule solution. La réalité sociale a rattrapé l’école. »  

 

Dixième remarque : « L’école, est-ce une garderie sociale ? »

Réponse : « Certainement pas. Je n’ai pas de matraque, je  suis prof, pas gardien. Mais dans une société qui tire de plus en plus vers la « barbarie » où la préoccupation unique c’est la survie : assurer un toit, les fringues et la bouffe, l’école est le rempart de la socialisation, de l’alphabétisation, de la création de l’esprit critique. L’école reste un cocon, un cadre, des choses posées, des règles, ou on ne subit pas de plein fouet la violence de la vie quotidienne quand on est un adulte. Mais c’est ce vers quoi on tend et vers quoi il ne faudrait vraiment pas tendre. Ne pas rester sur les socles communs, le minimum. C’est bien pratique pour le gouvernement d’en faire ça pour éviter que les gosses zonent dans les bars ou les rues sombres. Au contraire, notre travail c’est d’en faire un lieu d’évasion, et de ne surtout, surtout pas la résumer à un minima de savoirs utilitaires. »

 

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Voila pour ce soir. Je suis une sale gaucho. Ou droito. Dites- le moi, j’aime ça. Et pis je suis pas drôle. Parfois. Mais je réessaierai .Demain