Bien. On me demande ce qu'il est advenu lors de ma rencontre avec Mme Simonet.

Je l'ai dit sur le forum "enseignons.be" mais il est vrai que le temps m'a manqué pour le faire ici.
D'abord je suis arrivée accompagnée d'une caméra de la RTBF et de deux photographes. Arrivée dans le hall d'entrée, j'ai savouré une bonne blague kafkaïenne, puisque nous avons dans l'entrée environ six personnes responsables de l'accueil, chacune disposant d'un téléphone et d'une petite pancarte désignant pour quel ministre il officie.
N'ayant pas prêté attention à ce détail, nous nous sommes vus répondre par la mauvaise personne responsable de M. Nollet "non, c'est pas moi" sec et sans appel, au lieu d'un sympathique "demandez à ma collègue, juste à ma droite, c'est elle qui s'en occupe".

Une fois corrigée cette erreur, nous montons après une dizaine de minutes d'attente, face à un accueil à peu près aussi chaleureux qu'une porte de prison.

Mais ceci n'a rien à voir avec ce qui se passa avec Mme Simonet. Entrée en matière, la bâtiment est circulaire, et le long d'un couloir qui fatalement... tourne, nous suivons l'attaché de Mme Simonet, lui au contraire fort sympathique, cordial et poli.

Nous sommes entrés dans son bureau, mais il faut voir qu'il y avait autour de nous 7 témoins en plus de moi incluant éditrice, photographes, caméras et perchiste. Autrement dit, pas les conditions idéales pour une communication simple.


Elle, très souriante, et quelque peu surprise, m'a proposé à boire. Or, il se trouve que symboliquement... je n'en avais pas très envie. J'ai donc refusé par trois fois cette tentative de bris de glace, je n'étais pas réellement venue pour ça. Il faut dire avant d'aller plus loin que j'ai une expérience du contact avec le politique héritée de mes aventures nîmoises, durant lesquelles nous avons été amenés plus d'une fois, moi et mes collègues, à prendre position face caméra, avec des maires, des chefs d'établissement, des inspecteurs, et différents acteurs de la vie politique locale et moins locale. Sans
vouloir tout peindre en noir, je me méfie néanmoins des manoeuvres de détournement, des sourires consensuels, et de l'art de détourner le dialogue de son objectif par d'habiles manoeuvres de contournement - retournement - reformulation...etc.

Comme prévu, c'est pourtant ce qui s'est produit, même si ma ligne de conduite originelle était claire dans mon esprit.

Mme Simonet a répondu à quelques questions de la journaliste RTBF, en mettant en avant tout ce qu'elle avait comme idées positives, le projet de mettre sur pied un observatoire de la violence, celui d'améliorer le nombre des établissements dits prioritaires, en les dotant de moyens revus à la hausse.
Je suis polie, et je ne pouvais pas l'arrêter, mais le temps de parole a été d'emblée mal réparti. Lorsque la parole m'a été rendue, j'avais déterminé mon parcours de réponse et je savais ou je voulais aller. En gros, je voulais en venir à la mesure d'augmentation du temps de travail, et dire que mettre TOUS les enseignants à mal pour améliorer la vie de quelques uns par des mesures ne prenant en compte que les "moyens financiers" n'était pas un bon calcul.
D'autant que pour moi il est tout à fait douteux de dire que le bien être dans les zones les plus sensibles se résumera à l'augmentation des subsides. J'ai souligné aussi qu'il était tout à fait avantageux qu'il n'y ait aucun moyen de quantifier clairement toutes les actions menées bénévolement par les profs telles que voyages, spectacles, sorties, et ainsi de suite, mais que ce temps de travail là était essentiel à la vie des établissements. Qu'augmenter le temps presté c'était aussi mettre en péril voire achever une bonne fois pour toutes, toutes les bonnes volontés. 

Mais... j'ai été coupée dans mon élan, et la parole a été reprise en cours de route, je n'ai donc jamais fini. Il est ressorti de sa réponse que l'augmentation du temps de travail n'était qu'un point virgule dans un ensemble d'idées, qu'il y avait des millions de déficit à combler, que c'était un mauvais point pour les profs de monter celui là en épingle et que d'ailleurs ce n'était qu'un "projet" peut-être même pas destiné à se concrétiser.

J'ai repris sur le fait qu'il était malhonnête de présenter l'augmentation du temps de travail comme un acte de justice, pour les nombreux enseignants qui selon elle ne "comprennent même pas pourquoi ils travaillent plus que leur collègue"...
La tension est montée d'un coup lorsque je n'ai pas voulu entrer dans ce type de compromis et que je suis restée ferme sur mes positions. Elle a eu une petite montée de stress, et sa voix s'est un peu cassée. L'échange s'est terminé sur ce point, parce que la tension était trop palpable par un "oui, nous n'allons parler que de cela?". A postériori, j'ai été déservie par la présence des caméras qui ne m'ont pas permis de prendre la main, parce que il faut bien l'admettre, je déteste la violence et l'impolitesse. D'autant que le reportage ne sera diffusé qu'en janvier, et que d'ici là dieu seul sait ce qui se sera passé. Il y avait donc peu d'intérêt à poursuivre.

La discussion s'est enchainée sur des choses consensuelles sans intérêt réel, et puis les caméras nous ont laissé seules durant quelques minutes de plus. Mme La ministre est une femme charmante, et elle avait prévu de me faire la surprise de rencontrer "la voix" (CF mon bouquin) ce qui était une attention tout à fait touchante. Mais j'ai redémaré sur l'augmentation du temps de travail et ce qui a suivi m'a (re) mise en colère : "Oui, ne pensez -vous pas que selon les disciplines, il y a plus ou moins de travail?" ma réponse restera invariablement identique : "je n'entrerai pas dans ce débat" parce que les profs sont déjà assez divisés sans qu'on s'amuse à particulariser encore plus sans aucune possibilité  de contrôle le service de chacun. Nous avons donc tourné en rond dix minutes de plus "oui, il y en a qui peuvent bosser plus" "oui mais la majorité ne peux pas" "oui mais il y en a qui aiment travailler plus" "oui, mais ce sont des cas isolés " "oui ,mais s'il peuvent, tout le monde peut." etc etc etc.

Au bout d'une heure vingt (je salue tout de même, une heure vingt pour une ministre c'est énorme, je n'en attendais pas tant)

Bilan mitigé donc, je suis un peu sur ma faim, il me reste le sentiment qu'elle maîtrise très bien les circonlocutions d'un échange médiatisé pour arriver là où elle veut bien...que moi en revanche faute d'avoir osé être plus ferme, je n'ai pas obtenu un échange vrai. Mais bon. L'échange a eu lieu, nous verrons bien si le moment de tension sera celui choisi au montage...Ce qui est également certain... C'est que couper à ce point là dans le budget, ça va être mission impossible pour Mme la ministre que néanmoins j'admire pour avoir accepté cette charge.